Akila mise sur l’IA et le jumeau numérique pour optimiser les bâtiments
Akila développe des jumeaux numériques enrichis par l’intelligence artificielle pour optimiser l’exploitation des bâtiments. Son approche combine données, simulation et IA conversationnelle pour offrir aux opérateurs une vision 360 de leurs actifs.
À l’heure où l’intelligence artificielle redéfinit les contours du jumeau numérique, Akila revendique une approche pragmatique, centrée sur l’exploitation des bâtiments et des patrimoines immobiliers. Présente à AdoptAI sur le stand de HPE et Nvidia, la société française est venue démontrer comment son «cognitive twin» s’appuie sur l’agrégation de données hétérogènes et sur les briques technologiques de partenaires pour transformer la gestion des actifs.
«Akila est un éditeur de logiciels qui fournit des jumeaux numériques pour l’exploitation et l’optimisation bâtimentaire», explique Matthieu de Broca, en charge du développement des grands comptes. Filiale du groupe Aden, spécialiste du facility management en Asie, l’entreprise est née d’une volonté claire: «numériser l’ensemble des activités, capitaliser la connaissance du bâtiment et aller vers des problématiques d’automatisation, de robotisation et d’économie d’énergie».
Pour Akila, le jumeau numérique n’est pas qu’une représentation 3D. «Le jumeau, c’est le moyen de capitaliser les informations, de les visualiser, de faire de l’analyse et de se simuler d’autres aspects d’exploitation future.» Cette vision repose sur l’intégration de données multiples, issues des systèmes du bâtiment, des capteurs, mais aussi des caméras. «Beaucoup de contextes peuvent être enrichis au travers des caméras et on les repositionne dans le temps, dans l’espace, sur un même jumeau numérique. L’idée est d’enrichir la connaissance 360 d’un actif.»
Un jumeau numérique augmenté par l’IA et la simulation
Partenaire technologique de Nvidia, Akila a intégré nativement Omniverse et s’appuie sur les briques d’IA du géant américain. «On utilise beaucoup leurs briques pour faire de la détection d’anomalies, utiliser les LLM et le moteur de rendu 3D. L’objectif est de capitaliser sur tout ce qui nous fait gagner du temps dans l’exploitation de la donnée.» Le rôle d’Akila est alors de rendre cette complexité accessible aux métiers. «On veut permettre à des non-experts d’obtenir un résultat d’expert, grâce à une synthèse intelligible des données.»
Cette approche s’inscrit dans une logique agnostique vis-à-vis des infrastructures. «Notre modèle fonctionne nativement en full cloud, mais on sait que certains secteurs comme la défense, l’hospitalier ou le public imposent du on-premise ou du private cloud. On cherche à être le plus agnostique possible des données comme des contraintes d’infrastructure.»
Si Akila se concentre sur le patrimoine bâti, la société élargit progressivement son périmètre vers les campus et les environnements hybrides. «On va de la chaufferie jusqu’au restaurant des dirigeants, en intégrant aussi les extérieurs. Smart campus et Smart City sont des sujets que l’on peut adresser avec nos partenaires.» En revanche, certaines limites sont clairement posées: «On ne va pas dans le médical au sens humain. On ne saura pas optimiser un workflow métier dans un hôpital. Notre vision est celle de l’opérateur et de l’empreinte immobilière.»
L’intelligence artificielle intervient à plusieurs niveaux. «On l’utilise pour la qualité des données, pour identifier des corrélations rarement faites, pour l’automatisation de l’énergie, du chauffage, de la ventilation. On rend le système dynamique au lieu d’être préparamétré.» La simulation constitue un autre pilier: «On peut se projeter à partir du passé, générer des données synthétiques et challenger différents scénarios d’évolution.» Enfin, les LLM ouvrent la voie à une interaction directe avec le jumeau. «C’est la capacité à interroger le bâti sans être expert, à se faire proposer des recommandations. Si on sait ce qu’on veut voir, un tableau de bord suffit. Si on ne le sait pas, il faut pouvoir challenger la donnée.»
Un potentiel encore largement inexploité pour les métiers
Contrairement à une idée répandue, Matthieu de Broca estime que le potentiel du couple jumeau numérique–IA reste largement sous-exploité. «Je pense qu’on n’a pas encore effleuré le tiers de ce qu’il y aurait à faire. Le BIM exploitation n’a jamais vraiment été poussé. Aujourd’hui, on voit la possibilité d’extraire de la valeur des données sans être hyper technique.» Selon lui, les métiers doivent reprendre la main sur leurs informations: «Les utilisateurs vont vouloir reprendre le contrôle sur la connaissance de leur patrimoine et se demander: qu’est-ce que j’aimerais demander à mes données?»
Akila revendique enfin une posture ouverte vis-à-vis de l’écosystème, y compris de Dassault Systèmes, investisseur historique du groupe Aden. «On est totalement indépendant sur nos choix technologiques. Si une brique de simulation Dassault est pertinente, on sera ravi de l’intégrer. L’objectif est de prendre les meilleurs ingrédients là où ils sont.»
Déjà déployée chez des acteurs comme Ikea, Klépierre (centres commerciaux), Ceva Logistics, Saint-Gobain ou Arkema, la solution d’Akila illustre une tendance de fond : faire du jumeau numérique un outil opérationnel, enrichi par l’IA, capable de transformer la gestion quotidienne des bâtiments. «Le jumeau devient une synthèse des données d’opération autour du bâti, résume Mathieu de Brocas. Et surtout, un moyen de projeter l’exploitation dans le futur.»

