Pour OPmobility, le jumeau numérique est devenu un outil pour maîtriser la complexité

Publié le 30 juin 2026 par Xavier Fodor

Face à des cycles de développement toujours plus courts et à une multiplication des variantes produits, OPmobility mise sur la continuité numérique et les jumeaux numériques pour transformer ses méthodes d'ingénierie. Lors de Realize Live Europe, Sandrine Ledru explique comment cette stratégie dépasse largement le simple déploiement d'un PLM.

Comment continuer à innover alors que les véhicules deviennent toujours plus complexes, que les cycles de développement sont divisés par trois et que les attentes des constructeurs évoluent en permanence? Pour OPmobility, la réponse passe par la continuité numérique et le jumeau numérique. Invitée sur la scène de Realize Live Europe par Siemens Digital Industries Software, Sandrine Ledru, Executive Vice President et Chief Digital & Information Officer d'OPmobility, a présenté la transformation numérique engagée par le groupe français. Une évolution qui accompagne la profonde mutation de l'entreprise. «Le maître mot aujourd'hui, c'est la complexité, résume d'emblée Sandrine Ledru. Nous devons la maîtriser. Pour cela, notre secret repose sur deux ingrédients : un PLM puissant d'un côté et, de l'autre, un état d'esprit fondé sur la collaboration. Créer une continuité numérique est le seul moyen de maîtriser cette complexité.» D’autant qu’en quelques années, le métier d'équipementier automobile a profondément changé. Autrefois, cinq années pouvaient être nécessaires pour concevoir et lancer un nouveau véhicule. Aujourd'hui, certains constructeurs exigent des délais de quinze mois seulement. Sandrine Ledru évoque notamment un appel d'offres reçu de Tesla demandant la conception et la livraison de nouveaux composants en seulement quelques mois. «C'est à ce moment-là que nous avons compris que les règles du jeu avaient changé. Le nom du jeu, c'est désormais la complexité » À cette accélération des délais s'ajoutent la multiplication des plates-formes, des motorisations, des réglementations nationales, des versions logicielles et des attentes des constructeurs. Un défi d'autant plus important qu'OPmobility équipe aujourd'hui un véhicule sur trois dans le monde avec ses pare-chocs, réservoirs, systèmes de dépollution, modules avant ou solutions d'éclairage. Le groupe lance ainsi un nouveau produit tous les deux jours, conçu dans une quarantaine de centres techniques à travers le monde, puis industrialisé dans ses 152 usines réparties dans 28 pays. «La complexité est devenue notre nouvelle normalité», constate encore une fois Sandrine Ledru. Cette évolution touche également le modèle économique du groupe. Historiquement, OPmobility livrait séparément ses différents composants. Désormais, l'entreprise développe des solutions intégrées associant plusieurs technologies. «Nous ne vendons plus uniquement un pare-chocs ou un réservoir. Nous passons du produit à la solution. Nous apportons nous-mêmes cette complexité afin de simplifier la vie de nos clients.» Cette stratégie baptisée «One for You» nécessite une continuité numérique complète entre les différentes activités du groupe.

7 PLM pour une seule entreprise

Pour accompagner cette évolution, OPmobility a entrepris l'un des plus importants projets de transformation numérique de son histoire. Au fil de sa croissance et de ses acquisitions, le groupe utilisait 7 environnements PLM différents. «Chaque acquisition amenait son propre outil. Ainsi, nous avions sept PLM. Lorsque vous voulez intégrer un pare-chocs, un système d'éclairage et un logiciel dans une même solution, cela devient impossible si vous ne partagez ni la même nomenclature, ni le même vocabulaire, ni les mêmes processus», explique en conférence de presse Sandrine Ledru. Le choix de Teamcenter X s'est imposé à l'issue d'un appel d'offres. Plus que les fonctionnalités du logiciel, c'est l'ouverture de la plate-forme qui a convaincu OPmobility. «Nous co-concevons nos produits avec nos clients. Notre PLM doit donc être capable de communiquer avec leurs propres PLM et leurs outils de CAO. Cette ouverture de l'écosystème a été déterminante dans notre choix.» Pour autant, la principale difficulté n'était pas technique, mais humaine. «Convaincre la direction a été relativement simple. Convaincre les ingénieurs de changer leur manière de travailler a été beaucoup plus long, reconnaît Sandrine Ledru. Finalement, nous avons mis en place une équipe dédiée à la conduite du changement, avec près de 400 ambassadeurs dans le monde, répartis dans les différents centres techniques et associés très tôt à la définition des nouveaux processus. Sans eux, ce projet aurait été extrêmement difficile.»

Le jumeau numérique comme référentiel du savoir-faire

Il n’y a donc qu’un seul jumeau numérique chez OPmobility et il ne se limite pas à la simulation. Le groupe l'utilise déjà pour représenter virtuellement certains produits, comme ses batteries, mais également pour préparer l'implantation de nouvelles lignes de production ou la création de nouvelles usines. Lors de la conférence, Sandrine Ledru a ainsi présenté dans une vidéo le démonstrateur numérique de l'usine de Lozorno, en Slovaquie. Développé avec Siemens Digital Twin Composer et Nvidia Omniverse, ce modèle permet de simuler les flux logistiques, les déplacements des AGV, l'ergonomie des postes de travail, les performances des lignes ou encore l'introduction future de robots humanoïdes avant toute modification physique de l'usine (voir la vidéo). Mais, selon elle, l'intérêt du jumeau numérique dépasse largement l'optimisation industrielle. «Pour nous, le jumeau numérique n'est pas une belle vidéo. Il s'agit avant tout de continuité numérique, de collaboration et, au final, de performance.» Cette dimension prend également une importance croissante face au renouvellement des générations. Interrogée par Twin+ sur le rôle du jumeau numérique dans la transmission des connaissances, Sandrine Ledru distingue clairement intelligence artificielle et capitalisation du savoir. «Le jumeau numérique est une manière de capturer le savoir-faire de l'entreprise et de constituer un référentiel des meilleures pratiques, assure-t-elle. C'est lui qui permettra d'assurer la transmission des connaissances entre les générations.» L'intelligence artificielle viendra ensuite exploiter ces données, mais elle ne pourra le faire qu'à condition de disposer d'une base de connaissances solide. Au final, Sandrine Ledru insiste sur un point: la transformation numérique ne peut réussir sans évolution des organisations. «Ce n'est pas uniquement une transformation informatique. C'est une transformation de toute l'entreprise. Et la partie la plus difficile reste le changement des pratiques humaines!» Ainsi, pour OPmobility, le jumeau numérique apparaît moins comme un objectif technologique que comme un levier de compétitivité. En associant continuité numérique, PLM, simulation et intelligence artificielle, le groupe français entend réduire les délais de développement, améliorer la qualité de ses produits et accélérer l'industrialisation de nouvelles solutions. Une approche qui illustre parfaitement la vision de l'Industrial Intelligence défendue cette année par Siemens.

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