Le projet de jumeau numérique de la France et des territoires franchit une étape décisive avec la mise en place d’un socle technologique souverain, ouvert et interopérable. Présenté à Digital Twin BIM World 2026, ce commun numérique vise à fédérer collectivités et industriels autour d’une infrastructure partagée, dont la plate-forme sera dévoilée le 13 avril.
Digital Twin BIM World 2026 a été l’occasion de constater l’avancée du projet de jumeau numérique de la France et des territoires, réuni sur le salon en un «village». Portée par un consortium de 14 acteurs publics, privés et de la recherche, l’initiative ne vise pas à construire un unique jumeau numérique à l’échelle nationale, mais à mettre en place une infrastructure de référence capable d’alimenter les futurs jumeaux numériques territoriaux. Une étape doit marquer son accélération dès le 13 avril, avec la révélation de la plate-forme technologique. En attendant, une table ronde, animée le 2 avril par Yann Le Yhuelic (1Spatial), a permis d’acter l’entrée dans une nouvelle phase du projet. Cette conférence mobilisant l’IGN, 1Spatial, LuxCarta, Geofit-IGO, Siradel et le Cerema, semblait ainsi un tour de chauffe avant le «vrai» démarrage du Jumeau numérique de la France et de ses territoires. Avant tout, Rudy Cambier (IGN) a rappelé la nature réelle du projet: «il ne s’agit pas d’un jumeau numérique total France entière, mais ici d’une infrastructure socle au service du déploiement des jumeaux numériques de territoire.» Une précision essentielle, tant le consortium entend se positionner en amont de la chaîne de valeur, avec l’ambition de fournir des briques technologiques ouvertes, interopérables et souveraines, sur lesquelles pourront venir s’appuyer collectivités, industriels, start-up ou PME. Cette logique de socle commun répond à un double enjeu. Le premier est technique. Le projet doit agréger des données massives, les rendre interrogeables, les enrichir par des moteurs de simulation et les restituer dans des outils de visualisation adaptés aux usages métiers. Le second est économique et stratégique. Rudy Cambier l’a formulé sans détour: «Dans le contexte géopolitique que l’on connaît, il est clé de ne pas être dépendant de solutions non souveraines.» Le jumeau numérique de la France et de ses territoires sera clairement un «commun souverain numérique».
Un jumeau fondé sur un socle ouvert
Lors de cette conférence, plusieurs partenaires sont venus détailler leur contribution à cette future plate-forme. Stéphane Vivian, directeur technique de 1Spatial, a rappelé qu’il s’agit d’un programme de R&D de trois ans, structuré autour de plusieurs briques, depuis l’architecture technique jusqu’aux services de visualisation, en passant par la donnée, les outils d’analyse et les moteurs de simulation. «On veut qu’il soit accessible par l’ensemble des acteurs», a-t-il résumé, en évoquant une architecture de services ouverte, souveraine, open source et surtout interopérable.
L’objectif n’est donc pas de tout faire, mais de fournir des API, des services opérés et une base technologique robuste à partir de laquelle d’autres pourront développer des applications verticales. «On va proposer ce socle pour que les collectivités et les acteurs publics arrêtent de bâtir un socle chacun de leur côté et refaire la même chose. Il faut mutualiser l’infrastructure pour accélérer les usages», résumait Yann Le Yhuelic.
Les cas d’usages au cœur de la démarche
Depuis le début du projet, les cas d’usage restent au cœur de la démarche. Le consortium a cité l’aménagement durable, la planification énergétique, la résilience face aux inondations, aux feux de forêt ou au retrait-gonflement des argiles. L’enjeu est aussi de ne pas réserver ces capacités aux seules métropoles. Rudy Cambier a rappelé une ambition «résolument ouverte pour tous les territoires», avec la volonté de «casser les barrières d’entrée» qu’elles soient technologiques ou financières. Au-delà des données et des simulations, plusieurs prises de parole ont montré que la valeur du projet se jouera aussi dans la capacité à rendre le jumeau numérique compréhensible et exploitable. Paul Lacoin, CEO de Siradel, a ainsi défendu la visualisation comme «un maillon essentiel» entre un socle technique complexe et les besoins d’un utilisateur métier. Selon lui, un bon outil doit permettre «d’explorer le jumeau numérique, de croiser les données et, surtout, d’éclairer la décision». De son côté, le Cerema a insisté sur l’interopérabilité concrète des modèles de données et sur la capacité de la plate-forme à accueillir des cas d’usage variés. Richard Mitanchey et Marc Laget ont rappelé que l’objectif est de sortir des silos métiers en s’appuyant sur des standards européens et sur les «principes FAIR», afin que la donnée soit réutilisable et partageable. Un premier exemple a été donné autour de la prospective scolaire, pour aider les collectivités à anticiper l’ouverture ou la fermeture de classes à horizon dix ans.
Mais le consortium veut aller plus loin que le seul développement technique. Il prépare désormais l’ouverture d’une gouvernance élargie. «On va mettre en place dès les prochaines semaines des communautés techniques, des communautés thématiques, des communautés métiers», a annoncé Rudy Cambier. Cette gouvernance ouverte doit permettre d’associer les collectivités, les industriels et les offreurs de solutions au développement du socle. Elle sera complétée par six appels à projets sur trois ans, à raison de deux par an. Le premier est annoncé pour l’automne 2026.
En clôture, les organisateurs ont résumé l’ambition en quelques mots: un projet fondé sur trois priorités, à savoir «interopérabilité, souveraineté et ouverture», et conçu pour faire émerger une véritable «équipe de France» du jumeau numérique territorial. L’étape du 13 avril, avec la présentation de la plate-forme technologique, doit désormais donner un visage plus concret à cette ambition. Pour le consortium, l’enjeu n’est plus seulement de défendre une vision, mais de prouver que cette infrastructure commune peut devenir le point d’appui d’une filière entière.
✍️ Xavier Fodor

