SIAAP : le jumeau numérique au cœur de la maintenance des infrastructures d’assainissement

Publié le 13 mai 2026 par Xavier Fodor

Le gestionnaire d’assainissement d’Île-de-France déploie progressivement un jumeau numérique pour moderniser la maintenance de ses installations. En connectant BIM, SIG et GMAO, l’opérateur vise une gestion plus fiable, partagée et intelligente de son patrimoine industriel.

Acteur central de l’assainissement en Île-de-France, le SIAAP (Syndicat Interdépartemental pour l'Assainissement de l'Agglomération Parisienne) traite chaque jour plusieurs millions de mètres cubes d’eaux usées pour près de 9,25 millions de Franciliens, à travers un patrimoine industriel et réseau particulièrement vaste et complexe. Dans ce contexte, la montée en puissance du jumeau numérique s’inscrit comme un levier stratégique pour moderniser la maintenance et améliorer la gestion des installations. «Quand on parle de jumeau numérique au SIAAP, on parle d’une vision globale du patrimoine agissant sur un territoire de 1.900 km2, qui inclut à la fois quelque 200.000 équipements industriels présents dans les six usines de dépollution. Il y a aussi des usines de prétraitement, des bassins de stockage, les réseaux et tunnels réservoirs et les bâtiments tertiaires, comme le siège à Paris», explique Alexandre Costa, chef de projet fonctionnel GMAO. Cette approche systémique constitue une réponse directe à l’un des enjeux majeurs de l’exploitant : accéder rapidement à des données fiables, consolidées et partagées. «Le nerf de la guerre, ce sont les données, mais surtout leur fiabilité», insiste l’expert.

Un jumeau numérique fondé sur l’interconnexion des systèmes

Engagée dès 2015, la démarche repose sur la mise en relation progressive de plusieurs briques existantes. Le BIM, le SIG, la GMAO et la GED ne sont plus considérés comme des silos, mais comme les composantes d’un écosystème cohérent. «Le jumeau numérique, c’est la mise en musique de tous ces systèmes d’information, résume Alexandre Costa. L’objectif est d’assurer une continuité numérique de la conception à l’exploitation. Nous voulons faire vivre les maquettes tout au long de la durée de vie des installations, et pas seulement en phase projet.»

Concrètement, toute l’architecture repose sur un socle d’outils interconnectés. « Nous utilisons notamment Engineering Base comme agrégateur de données, qui permet de centraliser les informations issues de la conception, comme les plans PID ou les maquettes », précise Alexandre Costa. Ces données sont ensuite reliées à la GMAO, basée sur les solutions Carl Software, ainsi qu’au SIG, opéré avec les technologies Esri. Les maquettes BIM et les nuages de points issus des campagnes de numérisation sont, eux, exploités via la plate-forme Cintoo (ci-contre), qui permet de visualiser et de partager les relevés 3D des installations existantes, tandis que la GED devrait s’appuyer sur des solutions Autodesk. «Chaque outil conserve sa spécialité, mais l’enjeu est de les faire dialoguer pour éviter les ruptures d’information», souligne-t-il. Des expérimentations sont également en cours autour de l’IoT, avec des capteurs déployés en partenariat avec Carl Software avec BL Predict et SKF pour remonter des données en temps réel.

Une nouvelle génération de maintenance, entre IA, IoT et usages immersifs

Cette orchestration ouvre la voie à de nouvelles formes de maintenance. Si les indicateurs de performance ne sont pas encore formalisés, les objectifs sont déjà identifiés. «Nous cherchons à optimiser les interventions, à réduire le correctif et à améliorer la réactivité, indique Sambaz Huyuk. La perspective est celle d’une maintenance plus intelligente, capable d’anticiper les défaillances et d’adapter les interventions. À terme, on veut tendre vers du pilotage et de la maintenance prédictive, mais aussi éviter la surmaintenance. Par exemple, nous avions une maintenance programmée chaque année sur les groupes électrogènes. En analysant l’huile, nous avons constaté qu’elle était encore bonne et la jeter systématiquement un gâchis. Nous avons décalé la maintenance d’un an. Sans la mise à plat engendrée par la numérisation du process, nous ne l’aurions peut-être pas détectée».

L’intégration progressive de l’IoT (photo) et de l’intelligence artificielle constitue un accélérateur de cette transformation. Des POC sont d’ailleurs en cours pour capter des données en temps réel et détecter les signaux faibles. «L’objectif est d’intervenir avant la panne, en identifiant les équipements qui commencent à fatiguer», explique Alexandre Costa. L’IA, quant à elle, joue un rôle transversal. «Elle va accompagner les utilisateurs, harmoniser le vocabulaire et améliorer la qualité des comptes rendus d’intervention, détaille Sambaz Huyuk. Dans un contexte où les retours terrain sont parfois incomplets, cet apport est stratégique. Des informations jugées banales peuvent être en réalité essentielles. L’IA va nous aider à les capter.» Le jumeau numérique devient ainsi progressivement une interface de médiation entre les données et les utilisateurs. «C’est un peu l’agent d’accueil du système d’information», image Sambaz Huyuk. Cette dimension est d’autant plus importante que le nombre d’utilisateurs est élevé, avec plusieurs centaines d’agents connectés quotidiennement aux outils de maintenance. Les perspectives d’évolution sont nombreuses. La réalité augmentée, actuellement en phase de test, illustre le potentiel d’enrichissement des usages. «On observe des gains de temps significatifs, jusqu’à 50 %, avec en plus une amélioration du confort et de la sécurité», souligne Alexandre Costa. Ces technologies pourraient demain transformer la formation, l’assistance sur le terrain et la gestion des stocks. Si le jumeau numérique du SIAAP ne couvre encore qu’une toute petite partie du patrimoine (environ 10%), la trajectoire est clairement tracée. «Nous sommes encore au début, mais la dynamique est lancée», reconnaît Alexandre Costa. Dans un environnement industriel critique, où la continuité de service est essentielle, cette transformation progressive constitue un enjeu majeur. Elle préfigure une maintenance plus collaborative, plus intelligente et mieux connectée aux réalités du terrain.

 ✍️ Xavier Fodor

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