Comment passer du concept au déploiement du jumeau numérique? Lors de Global Industrie, le CEA-List et l’IRT SystemX ont livré lors d’un atelier des clés concrètes, entre données, organisation et cas d’usage industriels.

Lors du salon Global Industrie, Twin+ a proposé sur l’espace Booster un atelier consacré aux jumeaux numériques industriels. Porté par Amira Ben Hamida, responsable du programme technologique au CEA-List et Achraf Kallel, coordinateur du programme Jumeau Numérique à l' IRT SystemX, cet échange a permis de clarifier un concept encore un peu flou pour de nombreux industriels, tout en apportant des clés concrètes de déploiement, pas à pas. Dès le début de l’atelier, l’ambition des deux experts est de sortir le jumeau numérique de son image théorique. «Un jumeau numérique, c’est une représentation d’une entité, physique ou virtuelle, rappelle Amira Ben Hamida. Son objectif est de reproduire fidèlement la réalité pour mieux l’explorer. Avec lui, on peut jouer des scénarios, tester des limites, simuler des choses qu’on ne peut pas faire dans la réalité». «Mais ce n’est pas simplement une maquette, complète Achraf Kallel. C’est un système qui capte des données, les analyse et permet d’interagir avec». La donnée devient ainsi le socle du jumeau numérique. Elle alimente des modèles capables de générer des scénarios et d’éclairer la décision. Les intervenants insistent d’ailleurs sur une évolution majeure: le jumeau numérique tend à devenir “data-centric”, pouvant être construit à partir de données historiques, parfois sans dépendre directement d’un actif physique. Pour cela trois briques sont clés : la collecte des données, leur exploitation via des modèles ou de l’IA, puis leur restitution via des interfaces adaptées. «On peut faire du high-tech comme du low-tech, tant que l’on adapte le dispositif et ce modèle conceptuel 5D du jumeau numérique au besoin réel». Au fil des échanges, une distinction importante est également posée avec les approches classiques de simulation. Là où la simulation repose principalement sur des modèles, le jumeau numérique intègre des données issues du terrain, s’enrichit en continu et permet une interaction dynamique, ouvrant la voie à des capacités d’apprentissage et d’optimisation.

Un système vivant au cœur des organisations
Au-delà de la technologie, les intervenants insistent sur une caractéristique essentielle: le jumeau numérique est un système vivant. «Il doit s’alimenter en permanence avec les données IT-OT, explique la responsable du CEA List. Sans cette connexion, il perd sa capacité à refléter la réalité. Mais cette dépendance soulève toutefois des enjeux forts et le gros challenge, c’est d’arriver à faire des jumeaux numériques sans ouvrir des brèches dans les systèmes industriels, souvent des environnements où les données sont sensibles». Dans ces contextes, l’accès aux données reste contraint, ce qui impose des approches spécifiques, notamment basées sur l’analyse de risques et des architectures sécurisées.
Le jumeau numérique s’inscrit aussi dans un cycle de vie. «Les enjeux ne sont pas les mêmes entre conception, déploiement et exploitation», note l’expert de SystemX, qui insiste sur l’importance d’une approche “cyber by design”. En revanche, il ne s’agit surtout pas uniquement d’un sujet technologique. «La valeur du jumeau umérique vient de la combinaison de plusieurs métiers, explique-t-il. Sans décloisonnement des données et des expertises, le potentiel reste limité. Aussi, il faut absolument impliquer toutes les parties prenantes dès le départ».
Se lancer avec des cas d’usage

Le troisième temps de l’atelier a permis de découvrir quelques cas d’usage. Par exemple, au CEA, un jumeau numérique sert à simuler la manipulation de déchets nucléaires dans un environnement sécurisé (photo). «On ne va pas tester ça en réel, explique Amira Ben Hamida. En revanche, l’outil permet de former, d’anticiper les risques et, désormais, d’intégrer des capacités d’analyse pour recommander des actions». À l’IRT SystemX, d’autres applications montrent comment le jumeau numérique apprend des usages. «Il se nourrit des comportements pour proposer des optimisations», explique Achraf Kallel, mettant en avant des gains de performance concrets. Les intervenants rappellent également qu’il n’est pas nécessaire de viser des dispositifs complexes ou surdimensionnés. L’enjeu est d’adapter le niveau technologique au besoin métier afin de garantir un retour sur investissement, encore aujourd’hui parfois coûteux mais en évolution rapide grâce aux apports de l’intelligence artificielle. Reste enfin la question clef : comment démarrer ? «Le point de départ, c’est d’abord se demander pourquoi on veut faire un jumeau numérique», insiste Amira Ben Hamida. Objectifs, données disponibles et cas d’usage doivent guider la démarche. Achraf Kallel rappelle de son côté que « des données bien structurées permettent de créer rapidement de la valeur ». En filigrane, un message se dégage : le jumeau numérique est déjà une réalité industrielle. Accessible, évolutif, il peut être déployé de manière progressive, à condition de rester aligné avec les besoins métiers. Une dynamique renforcée par les avancées en intelligence artificielle, qui ouvrent la voie à une démocratisation, y compris auprès des PME et des ETI.
✍️ Xavier Fodor

