Jumeau numérique: un levier de performance déjà présent dans vos usines ?

Publié le 8 avril 2026 par Xavier Fodor

Et si votre entreprise utilisait déjà un jumeau numérique sans le savoir ? À Global Industrie, Siemens, Dassault Systèmes et 3dverse dévoilent ses usages concrets pour performance, formation et nouveaux modèles industriels.

À l’occasion de Global Industrie, une conférence animée par Stéphane Crépet (Productys - France Digital Industrie) a posé une question volontairement provocatrice: «Vous avez déjà un jumeau numérique… sans le savoir?». Si le titre laissait entrevoir une démonstration concrète de pratiques existantes, les échanges ont surtout mis en lumière les usages, les bénéfices et les transformations qu’apporte le jumeau numérique, plus que l’idée d’un “déjà-là” implicite dans les entreprises. Autour de lui, Franck Combet-Blanc (Dassault Systèmes), Laurent Mismacque (Siemens Digital Industries) et Hervé Labarge (3dverse) ont confronté leurs visions d’un concept désormais au cœur de la transformation industrielle. Pour Franck Combet-Blanc, le jumeau numérique dépasse largement le cadre d’un outil d’ingénierie. «C’est un levier pour améliorer la performance industrielle des entreprises», explique-t-il, dans un contexte où les marchés deviennent «fragmentés et volatiles». Face à cette complexité, le jumeau numérique permet notamment de transformer les processus commerciaux en passant du 2D au 3D et d’abandonner des approches sur mesure coûteuses au profit de systèmes configurables. «On va passer d’un mode de conception à la demande à un mode de configuration, comme lorsqu’on choisit les options d’une voiture». Cette logique de continuité numérique se prolonge ensuite dans l’ingénierie et jusqu’à l’exploitation. «Avec les jumeaux numériques, on est capable de récupérer ce qui a été fait en avant-vente et de le compléter, puis de tester les systèmes grâce à la simulation». Résultat: une réduction des temps de mise en service et une amélioration directe des marges. Le jumeau numérique accompagne ainsi tout le cycle de vie, y compris le service après-vente, où «la marge est souvent plus importante que sur la machine elle-même».

Un levier de performance sur tout le cycle de vie

Laurent Mismacque insiste justement sur cette dimension opérationnelle. «Le jumeau numérique qui ne vit que dans le bureau d’études est un jumeau numérique mort», affirme-t-il. Pour le directeur des services digitaux France de Siemens Digital Industries, sa valeur réside dans sa capacité à devenir un «référentiel numérique vivant», alimenté en continu par les données terrain. Il invite à changer de paradigme: «Il ne faut plus vendre un projet, mais une capacité durable». Le jumeau numérique devient alors un support d’amélioration continue, s’inscrivant dans une boucle permanente de simulation, production, maintenance et optimisation. Cette approche ouvre également des perspectives majeures en matière de formation. «Pourquoi on ne fait pas la même chose que les simulateurs de vol dans l’industrie?», interroge-t-il. Grâce au jumeau numérique, il devient possible de simuler des pannes ou des situations critiques sans risque et de répéter les gestes jusqu’à la maîtrise parfaite. «L’apprentissage ne dépend plus de la disponibilité des équipements».

Collaboration, accessibilité et nouveaux modèles économiques

De son côté, Hervé Labarge défend une vision élargie du jumeau numérique. «Le jumeau numérique n’est pas réservé aux experts», affirme le vice-président de 3dverse. Il doit devenir «un mode collaboratif d’entreprise», accessible à tous, y compris via des interfaces simples comme un smartphone. Cette démocratisation passe par la capacité à rendre les systèmes industriels «visibles, manipulables et compréhensibles». Il insiste également sur l’interopérabilité comme condition essentielle de déploiement à grande échelle. Au-delà des usages internes, les intervenants convergent sur l’impact du jumeau numérique sur les modèles économiques. La possibilité de visualiser et simuler un système avant sa construction permet déjà de sécuriser les phases d’avant-vente. «Les clients veulent voir ce qu’ils vont acheter, rappelle Franck Combet-Blanc. Mais la transformation va plus loin, vers des logiques de vente à la performance; car les clients veulent payer par rapport à ce qui est produit et non plus la machine». Enfin, la question de l’intelligence artificielle s’impose comme un prolongement naturel. Pour Laurent Mismacque, elle renforce les capacités de simulation en permettant «d’analyser le meilleur du passé pour reproduire le futur». Franck Combet-Blanc évoque quant à lui l’émergence d’assistants industriels capables d’accompagner les ingénieurs au quotidien, tandis qu’Hervé Labarge résume cette évolution en une formule : «prendre le meilleur du passé pour produire son meilleur futur». Tous s’accordent néanmoins sur un point fondamental: «sans data, il n’y a pas d’IA». Au fil des échanges, une idée s’impose clairement : loin d’être une technologie émergente réservée à quelques pionniers, le jumeau numérique est en train de s’imposer comme un standard de l’industrie, structurant à la fois les opérations, les compétences et les modèles économiques.

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