Industrialiser la mise en place de jumeaux numériques

Publié le 13 avril 2026 par Xavier Fodor

Présenté à Global Industrie, le nouveau livre blanc de l’Alliance Industrie du Futur marque un tournant. Après les cas d’usage, place à l’architecture et à la mise en œuvre concrète. Objectif: accélérer l’industrialisation des jumeaux numériques.

À l’occasion du salon Global Industrie, la table ronde consacrée à «l’architecture fonctionnelle et la mise en œuvre du jumeau numérique» a servi de plate-forme de lancement du troisième livre blanc d’une série désormais incontournable pour l’écosystème industriel français. Animée par Virginie Charles, en charge de la délégation Industrie du GIMELEC, la discussion a réuni Olivier Scart (Dassault Systèmes), Pascale Vicat-Blanc (Inria), Souad Rabah Chaniour(IMT Mines Alès) et Hervé Labarge (3dverse). Tous contribuent activement au groupe de travail piloté depuis 2020 par Olivier Scart et Ariane Piel (CEA) au sein de l’Alliance Industrie du Futur qui réalise ces ouvrages.  Dès les premières minutes, Olivier Scart a rappelé la trajectoire de cette série de livres blancs, qui accompagne la montée en maturité du jumeau numérique dans l’industrie. « Le premier livre blanc a présenté une définition du jumeau numérique et 23 cas d’usage industriels. Le deuxième est rentré dans le détail avec notamment les enjeux environnementaux. Ce troisième livre blanc décrit maintenant l’architecture fonctionnelle et la mise en œuvre des jumeaux numériques. » Ce troisième opus marque ainsi un basculement vers des problématiques d’ingénierie concrète et d’industrialisation (lire cet autre article).

Structurer le jumeau numérique

La notion d’architecture fonctionnelle, au cœur du document, a été explicitée comme un moyen de dépasser la complexité technologique. Comme l’a expliqué Pascale Vicat-Blanc, «l’architecture fonctionnelle va être une façon de décrire les logiciels qui vont permettre de connecter l’entité physique avec les utilisateurs ». Elle repose sur une structuration en plusieurs couches (une «stack») permettant d’organiser la collecte, la préparation, le stockage et l’exploitation des données, jusqu’à leur restitution sous forme d’aide à la décision. «Cette approche permet de s’abstraire des détails techniques pour se concentrer sur les fonctions essentielles du jumeau numérique». Au cœur de cette architecture, la donnée occupe une place centrale. Souad Rabah Chaniour a insisté sur la nécessité de penser simultanément les fonctions, les rôles et les usages. «On ne présente pas juste les fonctions. On présente aussi les rôles et les parties prenantes autour du jumeau numérique», a-t-elle précisé . Le livre blanc s’appuie notamment sur des standards internationaux et sur l’analyse des cas d’usage (maintenance prédictive, supervision ou formation) pour proposer une vision structurée et interopérable. Elle rappelle également que «la synchronisation est quelque chose de fondamental dans la définition du jumeau numérique». Sans cette synchronisation avec l’entité physique, le jumeau perd sa raison d’être. Cette approche systémique conduit à considérer le jumeau numérique comme un système vivant, doté de son propre cycle de vie et inscrit dans une logique de continuité numérique. «La force du jumeau numérique, c’est la qualité et la fiabilité des données qu’il reçoit, qu’il génère et qu’il échange», a souligné Souad Rabah Chaniour. Cette continuité, encore trop souvent fragmentée dans les systèmes industriels, apparaît ici comme un prérequis à toute mise en œuvre efficace.

Du concept à l’excellence opérationnelle

La table ronde a également donné une large place aux retours d’expérience. Hervé Labarge a ainsi présenté un cas concret chez le constructeur Redex, spécialiste du laminage de cuivre. L’intégration d’un jumeau numérique a permis de transformer en profondeur la gestion de la qualité et de la production. «On a voulu créer une version intelligente de la machine et les jumeaux numériques étaient directement la réponse », explique-t-il. Grâce à l’exploitation des données et à l’intégration de l’IA, l’industriel est passé d’une logique corrective à une logique prédictive, anticipant les dérives et optimisant en continu les performances. Les bénéfices sont multiples: amélioration de la qualité, réduction des rebuts, optimisation des coûts et transformation du modèle économique. «On passe d’un produit à un usage», souligne Hervé Labarge, évoquant la possibilité de vendre désormais des performances plutôt que des équipements. À travers cet exemple, le jumeau numérique apparaît clairement comme un levier d’excellence opérationnelle et de transformation business. De plus, cette technologie devient accessible ! «Longtemps réservés aux grands groupes, les jumeaux numériques deviennent aujourd’hui abordables pour les PME et ETI. Aujourd’hui, en trois jours, on peut faire un jumeau numérique d’une usine complète pour un coût abordable, affirme Hervé Labarge. On peut couvrir une usine pour 50.000 euros et aller très loin, avec l’IA et des chatbots qui viennent communiquer avec du PLM ou de l’ERP pour renseigner les opérateurs en ligne et augmenter leur savoir-faire».

En parallèle, les initiatives autour de l’open source et les travaux académiques contribuent à démocratiser leur mise en œuvre. Cette dynamique s’inscrit dans un cadre plus large, avec le lancement d’initiatives nationales visant à structurer la filière, comme le nouveau programme «Engineering Digital Twins», piloté par l’Inria dans le cadre de France 2030, destiné à fédérer la communauté française autour de la «fabrique des jumeaux numériques» et à développer des solutions ouvertes et interopérables. En conclusion, cette table ronde aura permis de clarifier un point essentiel: le jumeau numérique n’est plus seulement un concept ou un ensemble de cas d’usage, mais une architecture à concevoir, à déployer et à industrialiser. En proposant un cadre fonctionnel partagé, ce troisième livre blanc apporte aux industriels les clés nécessaires pour passer à l’échelle et transformer durablement leurs opérations. Comme l’a résumé Virgine Charles, «il s’impose désormais comme un levier puissant pour passer de la maîtrise du process à une véritable excellence opérationnelle» .

 ✍️ Xavier Fodor

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