« La révolution des jumeaux numériques »

Publié le 20 mai 2025 par Morgane Olès

La révolution des jumeaux numériques 

L'usage du terme "jumeau numérique" se répand de plus en plus, et nombreux sont les secteurs qui se questionnent sur les bénéfices réels de l'utilisation de cette technologie. Alors, en quoi cet outil est-il réellement "révolutionnaire" ? C'était le thème d'une conférence organisée par Dassault Systèmes lors du salon BIM World en avril 2025. Au cours de celle-ci, différents acteurs ont donné leur point de vue à partir de leurs usages concrets. 

(De gauche à droite)  Christophe Allaz, directeur de projet VINCI Construction,
Erik Gardon, référent BIM/CIM et ingénierie numérique chez Colas Rail, Denis Larghero, maire de la ville de Meudon, et  Rémi Dornier, vice-président, architecture engineering and construction chez Dassault Systèmes, ont participé à la conférence ayant pour thème "la révolution des jumeaux numériques" au BIM World 2025. 
«Embarquer la population dans les questions de changements urbains» 

Denis Larghero, maire de la ville de Meudon, a évoqué avant tout le rôle pédagogique du jumeau numérique d'un territoire. Pour le moment, un jumeau numérique à l'échelle de la place Tony de Graaf a été conçu à Meudon (lire cet article Twin+). Objectif: répliquer les vents dominants, la circulation d'air, la végétalisation ou encore la perméabilité des sols afin de détecter les îlots de chaleur urbains : c'est-à-dire une élévation localisée des températures, pouvant dans ce cas précis aller jusqu'à 85°C. «À l'heure des fake news, du complotisme, de la remise en question des valeurs, c'est important d'embarquer la population dans ces questions de changements urbains», explique le maire. Le jumeau numérique a ainsi permis d'expliquer à la population les choix d'aménagements, comme l'ajout de végétation, en apportant des faits très concrets sur l'impact de ces politiques. «À travers la présentation, qui montre des gains de 5,5 degrés et de 14 degrés sur les surfaces de parking, on montre qu'avec un investissement qui reste raisonnable, on arrive à des résultats très significatifs.» Au-delà du pédagogique, le jumeau numérique est bien entendu aussi un outil d'aide à décision pour la mairie, grâce à des simulations précises sur l'impact de la végétalisation. «Tout euro public doit être investi avec le plus de certitudes possible. C'est pour nous un autre objectif prioritaire de ces outils», affirme Denis Larghero. 

«Une source unique de vérité» 

Erik Gardon, référent ingénierie numérique, BIM et CIM à Colas rail, a quant à lui évoqué le projet Minerve, qui vise à «atteindre l'objectif de neutralité carbone dans le secteur des infrastructures ferroviaires tout en adaptant ces infrastructures au changement climatique», face à des défis tels que les ruissellements, l'intensification des vents, la hausse des températures... L'idée du jumeau numérique dans ce contexte est avant tout de faire le lien entre toutes les données disponibles, de regrouper toutes les informations et les modèles au sein d'une même plateforme qui les rende interopérables. Dans le projet, le jumeau a été intégré dès la phase de conception, pour faciliter la prise en compte des différentes exigences. «Le projet ferroviaire devient un système ferroviaire, que l'on modélise. Il s'agit de structurer l'information de manière cohérente, et la voir comme un ensemble de sous-systèmes. La voie ferrée, la traction électrique, la signalisation… (...) Ces modèles interopérables sont tous regroupés dans une même plateforme et décrivent toutes les infos de la construction. Cette "source unique de vérité" est un peu la clef.» En effet, le jumeau numérique leur permet actuellement de visualiser l'impact de chaque modification lors de la construction, pour optimiser et anticiper les difficultés.

«Du très bas carbone sans surcoût en 2031» 

Utiliser le jumeau numérique pour industrialiser la construction… C'est le projet sur lequel travaille Christophe Allaz, directeur de projet pour Vinci Construction. L'objectif est notamment d'étudier la possibilité de construire des ouvrages très bas carbone sans surcoût pour les acquéreurs ou les habitants. En effet, «il n'y a pas de problème technique dans la construction bas carbone, estime Christophe Allaz. Le seul vrai problème, c'est le prix.» Une des solutions pour réduire le coût est, justement, l'industrialisation de la construction, qui permet de préfabriquer des éléments à assembler. Cependant, explique le directeur de projet, la complexité de chaque terrain en France complique cette tâche, dans la mesure où chaque bâtiment doit s'adapter à des formes variées et souvent parcellaires. Autre écueil selon le directeur de projet, la façon dont le processus de construction fonctionne : «en France, il existe un fonctionnement par itération. L'architecte fait des aller-retours, il échange avec toutes les parties prenantes. En industrialisation, il faut ajouter  à cela toutes les contraintes industrielles. Le risque est donc que les coûts d'ingénierie explosent si l'on cherche à faire de l'engineering traditionnel en vue d'industrialiser», décrit-il. Face à cela, le jumeau numérique permet d'apporter une «continuité digitale» fluide entre le dessin de l'architecte et la construction des composants. «On passe d'un plan architecte sous BIM dans lequel une cloison est un simple trait, à un kit de composants industrialisés que l'on peut assembler en quelque sorte "en suivant une notice Ikea"», synthétise Christophe Allaz. Leur premier test a porté sur les cloisons, élément particulièrement complexe en construction.

 Morgane Olès


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