GS1: «Le jumeau numérique ne fonctionnera que sur un socle commun de données»

Publié le 29 juin 2026 par Xavier Fodor

Interopérabilité, passeport numérique des produits, traçabilité et intelligence artificielle… Pour GS1, le véritable défi du jumeau numérique est avant tout celui de la donnée. Rencontre avec Cédric Le Colley lors du Tech for Industry Show 2026.

Le jumeau numérique est souvent présenté à travers ses modèles 3D, ses simulations ou encore ses capacités d'analyse. Pourtant, pour Cédric Le Colley, directeur commercial et filières de GS1 France, tout commence bien plus en amont par la qualité, la structuration et le partage des données produit. Présent au Tech for Industry Show 2026, il rappelle que GS1 travaille justement depuis plus de cinquante ans à standardiser les échanges entre entreprises. À l'origine centrée sur les codes-barres, l'organisation intervient aujourd'hui sur l’enjeu stratégique de permettre à des systèmes d'information hétérogènes d'échanger des données fiables tout au long du cycle de vie d'un produit. «Tout le monde dit que la donnée est un actif stratégique. Le vrai défi consiste désormais à faire dialoguer les modèles de données de toutes les entreprises afin qu'ils puissent alimenter aussi bien leurs processus internes que l'ensemble de leur écosystème», résume-t-il. Selon GS1, les industriels sont confrontés simultanément à de nombreux sujets impactant leur supply chain comme de nouvelles exigences réglementaires et environnementales et, suite au Covid, à l’Ukraine ou l’Iran pour n’évoquer que les crises les plus récentes, des tensions sur les chaînes d'approvisionnement. Les entreprises doivent désormais connecter leurs propres systèmes d'information avec ceux de fournisseurs, de sous-traitants et de clients qui utilisent des architectures très différentes. À cette difficulté technique s'ajoute une autre, plus fondamentale: toutes les données ne sont pas structurées de la même manière d'un acteur à l'autre. C'est précisément cette absence d'interopérabilité qui freine aujourd'hui la continuité numérique des produits.

L'identité numérique, première étape de la traçabilité

Pour GS1, une bonne traçabilité commence par une identification unique du produit. Selon les usages, cette identification peut porter sur une référence commerciale, un lot de fabrication ou chaque exemplaire individuellement grâce à une sérialisation. Associée à des technologies comme la RFID, elle permet ensuite de suivre le produit depuis l'usine jusqu'à son utilisation, voire tout au long de sa vie opérationnelle. L'objectif n'est plus uniquement de localiser un produit, mais de reconstituer son historique complet, ses transformations et ses différentes interventions. 

Pour Cédric Le Colley, l'interopérabilité possède plusieurs dimensions. La première est sémantique. Avant même de connecter des logiciels, encore faut-il que tous les acteurs donnent le même sens aux mêmes informations. GS1 se définit d'ailleurs comme un «langage mondial des échanges», permettant aux entreprises de partager une grammaire commune indépendamment de leur langue ou de leurs outils informatiques. La seconde concerne les protocoles d'échange eux-mêmes: API, interfaces, technologies de communication ou encore blockchain. Les systèmes doivent être capables de dialoguer entre eux aussi simplement que deux opérateurs téléphoniques permettent à leurs abonnés de communiquer. 

Le DPP, une brique du jumeau numérique

Cette standardisation devient essentielle avec l'arrivée du Digital Product Passport (DPP), l'une des mesures phares de la réglementation européenne ESPR (Ecodesign for Sustainable Products Regulation). Son objectif est de suivre un produit depuis sa fabrication jusqu'à son recyclage, en conservant l'ensemble des informations relatives à sa composition, son origine, ses transformations et ses impacts environnementaux. Le premier secteur concerné sera celui des batteries, dont le passeport numérique deviendra obligatoire en février 2027. D'autres familles de produits suivront progressivement, notamment le textile l'été prochain puis l'électronique. Des sujets qui recouvrent certes des enjeux environnementaux, mais aussi de souveraineté industrielle. À mesure que certaines matières premières deviennent plus rares, leur traçabilité et leur réemploi deviennent des enjeux stratégiques. Reste à comprendre comment toutes ces données viendront alimenter les futurs jumeaux numériques. Pour Cédric Le Colley, le passeport numérique des produits ne remplacera pas le jumeau numérique, mais il en constituera l'une des briques essentielles. Le jumeau numérique apparaît comme une représentation de plus haut niveau, alimentée par les données de chacun des composants qui constituent un produit. «Le jumeau numérique sera une somme de composants digitaux qui auront chacun leur versant physique», résume-t-il. Cette approche concerne aussi bien le bâtiment que l'industrie. Dans la construction, chaque équipement –chaudière, radiateur, système de ventilation ou ascenseur– pourra disposer de son propre DPP, le BIM ou le jumeau numérique agrégeant ensuite l'ensemble de ces informations pour refléter l'état réel de l'ouvrage tout au long de son cycle de vie. Dans l'industrie, la même logique doit permettre de suivre les composants d'équipements complexes, avec des applications directes pour la maintenance. GS1 travaille ainsi déjà avec plusieurs filières, notamment le ferroviaire, où l'identification des composants du futur TGV doit faciliter le suivi des interventions. Au-delà de ces usages, le véritable défi sera celui de l'interopérabilité. Automobile, aéronautique, ferroviaire ou construction ont historiquement développé leurs propres standards d'identification et de gestion des données. Avec le DPP, ces différents univers devront désormais dialoguer. Pour GS1, le passeport numérique pourrait ainsi constituer le socle commun permettant d'alimenter les futurs jumeaux numériques avec des données fiables, normalisées et interopérables, condition indispensable pour exploiter pleinement leur potentiel.

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