CHU de Nantes: vers un hôpital «hypervisé»
CHU de Nantes : vers un hôpital « hypervisé »
55 mois pour bâtir l'hôpital du futur… C'est le défi relevé par les différentes entreprises chargées de la réalisation du nouveau Centre hospitalier universitaire (CHU) de Nantes, actuellement en chantier sur l'île de Nantes. Dotée de nombreux équipements connectés, l'infrastructure comptera également sur un « hyperviseur ». Ce jumeau numérique connecté en temps réel au bâtiment aura pour but d'optimiser ses différents flux de gestion.
Jean-Pierre Moreau, directeur technique génie électrique pour Edeis Ile de Nantes, a présenté un bâtiment témoin du futur CHU de Nantes. /MO«Nous avons développé un objet BIM qui n'est pas juste une nouvelle fioriture de maître d'œuvre, comme c'est trop souvent le cas» lance Stéphane Guth, directeur de l'agence Edeis Santé Ile de Nantes. L'entreprise, en charge de la maîtrise d'œuvre technique du chantier du nouveau CHU, a présenté ce mardi 16 décembre le projet de «quartier de santé» en construction sur l'île de Nantes. Ce chantier d'ampleur mobilise différentes entreprises, dont Patriarche, Builders and partners, et Edeis ingénierie. Il s'étend «des laboratoires aux salles d'opération, en passant par les chambres comprenant quelque 1500 lits, les zones dédiées à la recherche, à la logistique…» En tout, le projet couvre près de 10 hectares et 260 000 mètres carrés de surface aménagée en plusieurs pôles, pour un coût total de 684 millions d'euros.
En parallèle de ce projet physique, c'est un véritable jumeau numérique du CHU qui se construit peu à peu, à travers le projet «d'hyperviseur». «Cela peut sembler paradoxal, au vu de la disposition en "îlots" de ce quartier de santé, mais en réalité tout doit être connecté et synchronisé» décrit Jean-Pierre Moreau, directeur technique génie électrique pour Edeis Ile de Nantes. C'est le rôle de cet hyperviseur, qui doit servir de chef d'orchestre numérique à de multiples flux de données. L'idée est de commencer la construction du jumeau en même temps que le chantier, en développant la maquette BIM sous Revit au fil des ajustements. Une fois le chantier terminé, elle sera connectée à un datalake agrégeant toutes les données du bâtiment de l'hôpital. Celles-ci seront stockées en interne dans des serveurs dédiés et une redondance sera assurée à Saint-Jacques. Le BOS (building operating system) est développé par Kardham Digital, et intégré par Onepoint.
De la maintenance à l'orientation indoor
De nombreuses données seront remontées en temps réel, via un réseau filaire, afin d'assurer un suivi des flux en continu. «Plus d'un million de données seront traitées par cet hyperviseur», souligne Jean-Pierre Moreau. Les usages sont évidemment nombreux, mais quelques-uns sont particulièrement mis en avant. Il s'agit tout d'abord des flux logistiques robotisés avec une automatisation des flux logistiques permettra de rationaliser les déplacements de matériel, de médicaments ou de linge. Des robots autonomes, guidés par le jumeau numérique, circuleront dans les couloirs, optimisant ainsi la chaîne d’approvisionnement interne. Le second usage sera un véritable «Waze» indoor pour le CHU. Le moteur de visualisation 3D de l'hyperviseur sera accessible à tout le personnel. Inspiré des applications de navigation, il permettra notamment de se repérer en temps réel dans les dédales du CHU, de localiser les équipements, les locaux ou les services, et de générer des itinéraires prenant en compte les changements d’étage. Accessible sur smartphone ou tablette (iOS et Android), il pourrait, à terme, intégrer la géolocalisation des biens et des personnes — une fonctionnalité encore à l’étude, mais envisagée pour les prochaines évolutions.
Le troisième cas d'usage évoqué est une maintenance facilitée et prédictive. Grâce à la maquette BIM, qui devra être maintenue à jour par le service de gestion technique du patrimoine, les équipes techniques pourront « plonger dans les entrailles du bâtiment ». L’hyperviseur permettra d’anticiper les défaillances, de prévisualiser les interventions et de générer automatiquement des fonds de plans à jour. Les données de dysfonctionnement et l’état du matériel seront remontés en temps réel, offrant une maintenance proactive plutôt que curative.
Ensuite, des scénarios transverses automatisés sont prévus en cas de crise (attentat, incendie, épidémie…). L’hyperviseur pourra déclencher des scénarios intelligents et préétablis : confinement de zones, redirection des flux, alerte des équipes concernées… Enfin, l'optimisation énergétique du bâtiment est valorisée en cas intéressant. De fait, le système permettra une gestion fine des flux de chauffage, de climatisation ou d’éclairage, en fonction des données remontées par les capteurs. L’objectif : réduire la consommation énergétique tout en garantissant le confort des occupants.
Si Edeis gère quelque 600 projets actifs en France et au Luxembourg, le chantier du CHU de Nantes est pour le groupe d'une envergure sans commune mesure. Un défi que plusieurs grandes entreprises du secteur se sont d'ailleurs refusées à relever, confie le PDG de Edeis Ingénierie, Albert Selosse. «Trop gros, trop d'enjeux, notamment sur la date de livraison», qui est loin d'être anodine lorsqu'on parle de santé publique. Si l'entreprise parvient à relever le défi, le suivant appartiendra au CHU, qui devra maintenir la maquette BIM à jour pour que le système puisse déployer toute son efficacité.

