À Digital Twin BIM World, le ministre de la Ville et du Logement ouvre la voie à une généralisation du BIM et, dans sa roue, des jumeaux numériques. Entre pression sur la production de logements et enjeux climatiques, Vincent Jeanbrun esquisse une évolution réglementaire majeure pour le secteur.
Le 2 avril 2026, à l’occasion de sa visite sur Digital Twin BIM World, le ministre de la Ville et du Logement, Vincent Jeanbrun, a livré une intervention à forte portée politique pour l’écosystème du bâtiment et du numérique. Dans un contexte de crise du logement et d’accélération des transitions, il a placé le BIM et les jumeaux numériques au cœur des solutions à mobiliser, allant jusqu’à évoquer leur possible généralisation à travers la réglementation. Le ministre a insisté sur la transformation en cours dans le secteur de la construction, qu’il décrit comme «un monde moderne, tourné vers l’innovation». L’irruption de l’intelligence artificielle et des technologies numériques y joue un rôle déterminant, alors même que le secteur fait face à des tensions structurelles. «Le monde du bâtiment a besoin d’aller trouver des outils pour renforcer sa capacité à produire vite et mieux, et de manière plus sûre, a-t-il déclaré, soulignant également le poids croissant des coûts d’exploitation. Le coût d’entretien des bâtiments est un enjeu majeur qui doit être lui aussi modernisé avec des gains de productivité.» Dans ce contexte, les technologies comme le BIM et les jumeaux numériques apparaissent comme des accélérateurs de performance. «À travers le BIM et le jumeau numérique des bâtiments, on arrive à aller beaucoup plus loin, beaucoup plus vite, de manière beaucoup plus sûre, a affirmé Vincent Jeanbrun tout en pointant le retard de certaines pratiques encore ancrées dans des outils traditionnels. Parfois, certains artisans sont encore au plan papier ou au fichier Excel et cela va évidemment moins vite qu’avec les outils comme ceux montré sur ce salon. » Au-delà du constat, le ministre a esquissé une évolution majeure du cadre d’action public. En évoquant les exemples européens, notamment l’Italie, il a rappelé que certains pays ont déjà franchi le pas en rendant obligatoire la création d’un jumeau numérique pour des projets d’envergure. «J’ai le sentiment personnellement que c’est le sens de l’histoire», a-t-il déclaré, avant d’annoncer le lancement de travaux au sein du gouvernement. «Je vais lancer des travaux pour imaginer qu’à une certaine échéance, ça devienne un réflexe obligatoire que d’avoir le BIM pour produire du logement.» Derrière cette perspective se dessine l’objectif de soutenir la production de près de deux millions de logements d’ici 2030 tout en améliorant leur gestion et l’entretien de ce parc dans la durée.
Jumeaux numériques et résilience : anticiper pour mieux adapter
En marge de son intervention, le ministre a été interrogé par Twin+ sur la contribution des jumeaux numériques à la résilience des territoires. Sa réponse s’inscrit dans une vision de long terme, nourrie par son expérience d’élu en Île-de-France (maire de l’Haye les roses, député du du Val-de-Marne, élu au Département du Val-de-Marne et à la Région d’Ile-de-France) et par les travaux engagés autour du plan «2050 – 50 degrés», qui anticipe des épisodes climatiques extrêmes. «Cela nous oblige dès aujourd’hui à penser ce bâtiment jusqu’en 2050 et au-delà», a-t-il expliqué, insistant sur la nécessité de concevoir des infrastructures capables d’évoluer dans le temps. Dans cette logique, le jumeau numérique apparaît comme un outil central de connaissance et d’anticipation. «On ne peut bien réparer que ce qu’on connaît bien et c’est tout l’intérêt d’outils comme le jumeau numérique», a souligné Vincent Jeanbrun. Le ministre a également mis en avant le développement des jumeaux numériques à l’échelle des collectivités, permettant une lecture systémique des territoires. «Il y a de plus en plus de collectivités qui viennent créer des jumeaux numériques de leur ville entière pour voir les connexions d’un quartier à l’autre», a-t-il observé. Cette approche globale permet notamment de mieux appréhender les interactions entre les bâtiments et leur environnement immédiat. «L’isolation thermique du bâtiment, c’est très important, mais si derrière vous avez une place avec une fontaine et des arbres, l’impact thermique n’est pas le même.» En filigrane, c’est bien la question de l’adaptation qui s’impose comme un fil conducteur. «Les bâtiments construits avec des jumeaux numériques performants sont des bâtiments plus facilement adaptables», a résumé Vincent Jeanbrun, avant de conclure sur une formule qui donne le ton: «Le mot adaptabilité sera clairement le mot du siècle.» Par cette prise de parole, le ministre envoie un signal fort à l’ensemble de la filière. Entre ambition de massification, réflexion réglementaire et intégration dans les politiques de résilience, le jumeau numérique semble s’affirmer comme un futur standard de la fabrique urbaine.
✍️ Xavier Fodor

