« Rapprocher le jumeau numérique du monde réel »

Publié le 29 septembre 2025 par Morgane Olès

Gian Paolo Bassi. / DS« Rapprocher le jumeau numérique du monde réel » 

Gian Paolo Bassi, vice-président senior du service Mainstream Innovation et Customer Role Experience chez Dassault Systèmes, s'est rendu à Paris à l'occasion des 30 ans du logiciel SolidWorks. L'occasion de faire le point sur le futur des jumeaux numériques dans l'entreprise.

Début 2025, vous avez annoncé l'intégration de nombreuses fonctions IA dans SolidWorks d'ici l'été. Qu'en est-il aujourd'hui ? 

En effet, nous venons d'implémenter de nouvelles versions de 14 fonctionnalités IA, allant de l'assistant IA à l'IA générative, en passant par l'IA prédictive. Nous nous sommes concentrés sur des problèmes très pragmatiques. Par exemple, pour les assistants IA, l'idée est de réduire les "frictions" : corriger des erreurs, retirer des éléments touchant à la propriété intellectuelle, réparer des assemblages… Il s'agit surtout d'actions qui créent de la frustration et font perdre du temps quotidiennement.

Côté IA prédictive, l'outil assiste l'utilisateur sur les commandes de SolidWorks, en fonction du contexte et de ses comportements habituels. Elle apprend, et s'adapte à votre façon de travailler. Enfin, l'une de mes fonctionnalités préférées est le dessin génératif, qui crée un dessin automatiquement avec un niveau d'achèvement d'environ 80 %. 

Il existe aussi une aide à la création d'études de simulations ?

Oui, ces études sont complexes, et parfois un peu intimidantes pour l'utilisateur. De nombreuses connaissances et expertises sont requises pour créer une simulation fiable. Il ne s'agit plus seulement d'un outil de validation, mais bien d'un outil de design, qui accompagne la vie professionnelle des ingénieurs au quotidien. Un ingénieur aujourd'hui doit être expert en sciences des matériaux, en durabilité, en recyclabilité, en industrie… Autant de choses qui sont d'une complexité croissante. L'IA va se révéler d'une grande aide sur ces sujets, notamment parce que très souvent, les bonnes réponses se cachent dans la propriété intellectuelle des entreprises. Elles possèdent des documents, des designs qui ont été travaillés, optimisés. Toutes ces choses peuvent être apprises par un réseau neuronal, et restituées dans de nouveaux designs adaptés au besoin de l'entreprise. 

Pourrait-on, à terme, créer un jumeau numérique entièrement à l'aide de l'IA ? 

Je crois qu'il n'existe aucune IA générative qui puisse se passer du jugement humain actuellement. En définitive, c'est une technologie qui ne fait qu'aider à l'innovation. L'IA accélère le processus, apporte davantage d'idées, inspire, valide, mais la véritable innovation vient bien de l'humain.

Pourquoi les jumeaux numériques sont-ils une priorité dans l'innovation chez Dassault Systèmes ?

Les jumeaux numériques sont une priorité pour l'entreprise depuis longtemps, et je pense que c'est une évolution assez naturelle. En effet, la création d'un tel outil demande de croiser des disciplines multiples. Prenez un robot : il croise mécatronique, mécanique, électricité, électronique, capteurs, caméras, computer vision... C'est pour cela que nous avons besoin de ce que nous appelons les "Univers 3D". Le robot travaille dans son contexte, il doit être conscient de ce qui se trouve autour de lui, savoir à quelle distance il doit opérer... On doit pouvoir prédire tout cela, et c'est ce que nous apportons.

LTwin+ jumeau numérique partenariat kuka 3ds automotive-systems-engineering-newsrooma robotique est donc l'un des domaines clefs pour cette évolution ? 

Oui, déjà parce que SolidWorks est déjà très populaire dans le domaine de la robotique. C'est un domaine multidisciplinaire par essence et la prochaine génération de robots devra être autonome. Or, pour être autonome, chaque robot devra avoir un modèle complet de son environnement. Un autre point clef est la complexité de l'environnement législatif. Placer un robot dans un hôpital, c'est très différent que de l'installer dans une usine. C'est pourquoi nous intégrons aussi de l'IA, car il peut être extrêmement complexe de déterminer si un design est conforme à la législation. Cela requiert la combinaison de modèles de langages et de modèles industriels. C'est exactement ce que nous faisons.

Votre partenariat récent avec Kuka en est un exemple ?

Bien sûr. Ce partenariat a beaucoup de sens pour moi, car Kuka veut construire un "univers", c'est-à-dire prendre en compte tout le contexte industriel autour de ses robots : les clients, les outils d'automatisation, les usines… C'est une démarche clef pour le succès de leur entreprise. Ils veulent que les intégrateurs utilisent SolidWorks comme un langage d'intégration en robotique et automatisation, car il s'agit d'un langage très utilisé dans le monde de l'industrie.Tout ce dont ils ont besoin, pour placer un robot, un convoyeur, ou une grille de protection autour d'un robot, pourra être fait via SolidWorks dans un jumeau numérique. 

Êtes-vous à la recherche d'autres partenariats de ce type actuellement ? 

De nouveaux partenariats comme celui de Kuka verront sans doute le jour. Des intégrateurs système souhaitent notamment utiliser nos solutions pour faciliter l'introduction de nouvelles technologies sur le marché. Nous venons aussi d'annoncer un partenariat avec Volkswagen. Le constructeur investit un milliard d'euros dans l'intelligence artificielle industrielle et a choisi Dassault Systèmes comme partenaire pour ce développement.

À quoi ressemble pour vous l'avenir du jumeau numérique ? 

J'imagine un futur dans lequel le jumeau numérique devient encore plus "vivant". Nous avons conclu au début de l'année un partenariat avec Apple, pour intégrer l'Apple Vision Pro à la plate-forme 3DEXPERIENCE, et nous tourner vers la réalité augmentée. Ce type de démarche vise à amener le jumeau numérique à l'étape supérieure. Au-delà de la vision, nous utiliserons à l'avenir les autres sens, l'ouïe, le toucher, même l'odorat... Des centres de recherche, des start-up cherchent actuellement à rendre réelles les sensations d'interaction avec un jumeau numérique. Je pense que c'est ça, le futur : rapprocher ce monde virtuel le plus possible de la réalité, pour créer une meilleure réalité. Plus rapide, plus fiable, mais aussi et surtout plus durable.

  Propos receuillis par Morgane Olès


 solidworks.com/fr

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