Centres commerciaux : des jumeaux numériques déployés à grande échelle
Centres commerciaux : des jumeaux numériques déployés à grande échelle
Créer les jumeaux numériques de près d'une centaine de centres commerciaux… C'est la tâche d'ampleur à laquelle s'est attaquée l'entreprise française Stereograph. Retour sur les méthodes propres à un tel déploiement à grande échelle.
Steve Buissinne/Pixabay.
«La mise en place de jumeaux numériques à cette échelle est une première au moins au niveau européen», affirme Chloé Amintaheri, directrice marketing et communication chez Stereograph. L'entreprise travaille actuellement pour Ceetrus, un client qui possède un portefeuille de centres commerciaux d'une centaine d'actifs, dont 70 situés en France. D'autres sont localisés en Espagne, Italie, Roumanie, Pologne, Luxembourg, ou encore au Portugal. En tout, cela représente quelque 1.800.000 m². Stereograph réalise les jumeaux numériques de toutes ces structures. « ll s'agit d'un cas d'usage très complexe et enrichissant, qui catalyse des données d'outils à la fois bâtimentaires et métiers» (lire cet autre article Twin+).
L'intérêt, pour le client, est d'obtenir une vue d'ensemble de ses actifs. Qu'il s'agisse de détecter la défaillance de matériels, de surveiller les performances de ventes, la consommation d'électricité ou encore la fréquentation des centres commerciaux en temps réel, le jumeau numérique permet de rassembler et visualiser les données au moyen d'une seule plateforme. «Tous les acteurs gagnent du temps, car plutôt que d'attendre que quelqu'un signale, disons, une défaillance d'un escalator, ils ont l'information en temps réel. Le technicien fait un trajet optimisé, et dispose immédiatement des données liées au bâtiment pour être proactif, commander immédiatement la bonne pièce… Tout cela réduit les aller-retour», décrit Chloé Amintaheri. Chaque utilisateur a accès à des vues personnalisées en fonction de ses besoins. L'entreprise a également mis en place un chatbot alimenté par IA qui permet de "dialoguer" avec le jumeau numérique pour en extraire des données par simple interaction textuelle.
Des étapes réplicables
De tels jumeaux numériques ne sont pas nouveaux, même à l'échelle de bâtiments imposants et complexes. Le défi, explique la directrice marketing, résidait plutôt dans le fait d'apporter cette technologie à l'échelle de tout un portefeuille d'actifs. Pour cela, Stereograph a adopté une méthodologie basée sur le fait de pouvoir répliquer certaines parties de la création. L'étape de la modélisation, incontournable, passe par la transposition de maquettes BIM existantes, ou au besoin par du scan 3D. Cette étape, chronophage, requiert nécessairement du sur-mesure. Ensuite, ce jumeau est nourri par des données variées, issues de la mise en place de connexions avec des logiciels spécialisés tels que Salesforce, ou Datalake, mais aussi par des flux entrants de données IoT, GMAO (gestion de maintenance assistée par ordinateur), GTB (gestion technique du bâtiment), GED (logiciel de gestion électronique des documents)…
Or, comme des méthodes et des outils de travail communs existent entre les différents centres commerciaux, cette étape d'interopérabilité des données est, selon Chloé Amintaheri, réplicable rapidement d'un actif à l'autre. C'est également le cas pour la documentation, les indicateurs à suivre, la customisation de l'interface, à quelques nuances près. «Tout cela nous permet de dupliquer et de scaler la "recette". Il y a toutefois des spécificités liées aux pays, par exemple on nous demande parfois d'intégrer des outils liés au marketing, à l'impact de la publicité sur un site… Mais nous sommes capables de nous adapter», précise-t-elle. À ce jour, l’intégralité du patrimoine français de l'entreprise foncière est modélisé, soit plus d’un million de mètres carrés numérisés, et le processus se poursuit dans les autres pays.

