Un suivi médical à 400.000 km de distance
Un suivi médical à 400.000 km de distance
Le retour de l’Homme sur la Lune est imminent dans le cadre du programme Artemis. Des réflexions sont en cours, autour de futures bases lunaires et martiennes. Un enjeu de taille compris dans ces projets est celui de la santé des spationautes.
Au CNES, les technologies des bases spatiales pour la Lune et pour Mars sont imaginées par le projet Spaceship France. Il s’axe sur six thématiques et l’une d’elles se concentre sur le maintien de la santé et des performances des spationautes. Laure Boyer, ingénieure biomédicale au MEDES, en est la responsable: «Le CNES réfléchit aux briques technologiques manquantes pour que les Hommes, envoyés sur ces bases, suivent leur état de santé en autonomie.» En effet, dans le cadre de certains vols spatiaux habités, les voyageurs ont des médecins dédiés au sol qui les accompagnent pour réaliser des mesures, par visioconférences, voire pour envoyer des échantillons sur Terre. Si besoin, dans ce cas le spationaute peut-être rapatrié. Ça ne pourra être le cas une fois atterrit sur Mars, les retours d’urgence ne seront pas envisageables. «Pour cette raison, il est nécessaire de mettre en œuvre des outils préventifs et de tester des solutions pour rendre les voyageurs les plus autonomes possibles. La microgravité provoque des modifications physiques, il faut donc trouver des moyens de contre-mesures pour éviter qu’elle cause des troubles irréversibles, comme un vieillissement accéléré ou l’ostéoporose.» Justement, cette recherche peut être réalisée à l’aide du jumeau numérique.
Une réplique modulaire
Présentation des projets face à un jury d'experts lors du Pitch Day au siège du CNES «Pour prédire l’état de santé, son évolution et pour tester les contre-mesures ou les traitements en amont, la réplique virtuelle revêt une pertinence. Le CNES s’est donc demandé qui avait les billes pour répondre à ces problématiques médicales, dans la communauté française.» Le constat était le suivant: de nombreux acteurs ne travaillant pas dans le spatial développent des jumeaux numériques. Dans le but de dénicher ces pépites, le CNES, en collaboration avec le MEDES, l’AP-HP et son Institut Carnot, ont donc lancé un Challenge R&T en avril 2023.
Cet appel à projets, clôturé un mois plus tard, a relevé huit candidatures. Elles étaient invitées, en juin, à pitcher au siège de l'agence à Paris. Ce sont des start-ups, des laboratoires ou de grands groupes qui portaient ces projets. Certains avaient une activité sans lien avec la santé et bénéficiaient donc de support du CNES en médecine spatial. De même, pour ceux ayant besoin d’un appui en termes d’outils. Les trois meilleures candidatures, considérées comme les plus innovantes, ont remporté un contrat d’un an de 100.000€ avec l’agence spatiale française contre 50.000€ pour les restantes.
Analyse par IA du visage d'un patient sur une vidéo avec l'outil Cobox de Quantiq.io ©Quantiq.ioQuantiq.io fait partie des premiers lauréats pour avoir proposé un outil, très avancé en TRL, collectant des données de santé à partir de l’analyse du visage sur une vidéo de trente secondes. Il peut mesurer le rythme cardiaque, la fréquence respiratoire, la variabilité cardiaque et la pression artérielle des spationautes. Il ne s’agit pas d’un jumeau numérique à proprement parler, mais d’un module susceptible d’alimenter la réplique. D’autant que la microgravité fait migrer les fluides vers le haut du corps.
Un jumeau numérique de suivi de l’évolution des médicaments dans le corps humain, de leur efficacité selon les physiologies et les changements physiques envisagés au sein des bases spatiales a été retenu. Il était proposé par la société ExactCure.
Ce challenge aide finalement à mettre en place des collaborations et à identifier les briques qui peuvent s’interfacer dans la réplique virtuelle, puisque pour le moment, aucune société ne se charge de toutes les composantes. À terme, les développements pourraient se poursuivre avec certains candidats, s’il existe un intérêt conjoint. Pour le moment, il leur reste un peu moins d'un an pour mettre à profit ce lien avec le CNES.

