«Dans un jumeau numérique pur et dur, l'humain n'est nulle part»

Publié le 13 décembre 2024 par Morgane Olès

« Dans un jumeau numérique pur et dur, l'humain n'est nulle part » 

Réplique numérique d'un objet ou d'un système, le jumeau numérique est utilisé dans un nombre croissant de domaines. Pourtant, sa définition reste assez mouvante et peut recouvrir différents degrés d'automatisation. Alejandro A Franco, professeur au Laboratoire de Réactivité et Chimie des Solides à l’Université de Picardie Jules Verne, travaille pour l’utilisation de cette technologie dans le domaine de la fabrication de batteries. Pour le scientifique, différentes nuances existent, dans lesquelles il est important de savoir laisser sa place à l'humain.

Image par Vicki Hamilton / Pixabay.

On parle de « jumeau numérique » pour des projets aux contours très variés : est-il important de mieux le définir ?

Il y a encore un peu de controverse sur ce qu'est, réellement, un jumeau numérique. En fait, cela varie aussi selon les communautés. Par exemple, dans certains domaines de recherche, on nomme « jumeau numérique » ce que j'appellerai plutôt « modèle numérique », une sorte de maquette qui n'est pas directement connectée aux données de l'objet source. Ce qui est important selon moi, c'est d'être consistant dans le vocabulaire utilisé. 

Et de votre point de vue, qu'est-ce qu'un jumeau numérique ?

Pour moi, il ne faut pas confondre le modèle digital, l'ombre numérique et le jumeau numérique. Dans les trois cas, on a une « copie » numérique d'un objet. Selon une définition possible, la différence entre les trois tient dans l'intervention humaine. Le modèle numérique n'est pas « connecté ». L'humain intervient pour introduire les données dans le modèle, et en retire aussi des informations manuellement. Dans l'ombre numérique, les données provenant de l'objet physique sont injectées dans la version numérique sans intervention humaine. En revanche, cette intervention a lieu pour interpréter les données issues de l'ombre numérique et les réutiliser sur l'objet. Dans le jumeau numérique, la boucle est bouclée. Les données sont importées automatiquement dans le jumeau numérique, et celui-ci crée de nouvelles données qui sont directement renvoyées vers l'objet

Faut-il tendre vers le « vrai » jumeau numérique ?

La boucle fermée est certainement intéressante pour avancer plus vite, pour optimiser plus vite certains réglages. Les industriels aimeraient avoir des usines complètement automatisées. Mais cela n'est pas vrai dans tous les domaines. Il ne faut pas oublier une chose : dans un jumeau numérique pur et dur, l'humain n'est nulle part. Or, l'intelligence artificielle est très bonne pour interpoler des données, pour optimiser. Mais elle n'est pas capable de coups de génie comme un humain. Prenons l'exemple de Donald Glaser : il a eu l'idée de la chambre à bulles dans les années 1960, en observant un verre de bière dans un bar ! Beaucoup de découvertes faites en sciences se sont faites par analogie avec des disciplines complètement différentes, ou sur des coups de chance, des intuitions… C'est pour cela que dans mes recherches, je m'attache à garder l'humain dans la boucle.

  Propos recueillis par Morgane Olès


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