Le digital pour accompagner la complexité croissante de l’aéronautique

Publié le 25 juin 2025 par Xavier Fodor

Le digital pour accompagner la complexité croissante de l’aéronautique

 Au Salon du Bourget 2025, PTC a présenté sa vision du jumeau numérique comme levier stratégique pour répondre à la complexité croissante de l’aéronautique et de la défense. Conception générative, IA industrielle, continuité digitale: une transformation à l’échelle des systèmes.

La 55e édition du Salon international du Bourget a réuni en juin 2025 la filière aéronautique et spatiale dans sa grande diversité. De fait, au-delà de cette vitrine commune sur 70 hectares de quelque 2.400 exposants, le secteur se découpe en sous-secteurs très multiples. L’industrie de défense y côtoie celle du spatial désormais ouverte aux civils, l’industrie de transport civil s’affiche auprès de celle du militaire, qui imbrique parfois une dimension de naval. Bref, les spécificités sont aussi nombreuses que les donneurs d’ordre, sans parler des équipementiers puisque, du moteur au train d’atterrissage en passant par le système de divertissement: on ne manque pas d’OM dans l’aérospatial! 

Aussi, cette industrie traverse une période d’intense mutations entre montée en complexité des systèmes, accélération des innovations (qu’il s’agisse de drones autonomes, avions de 6e génération, constellations satellites) ou disruption avec l’arrivée d’acteurs émergents. Sur le Bourget, nos interlocuteurs ont indiqué avoir notamment rencontré beaucoup d’équipementiers automobiles qui cherchent à aller sur ce secteur en plein boom. Enfin, le secteur est en pression d'un point de vue des ressources humaines qualifiées qui manquent cruellement. Les enjeux s'avèrent systémiques. 

Twin+ jumeau numerique Entretien PTC le Bourget 2025 Marc Riviere .jpg«Ce qui complexifie aujourd’hui les programmes, ce ne sont plus uniquement les objets, mais les systèmes de systèmes, explique à Twin+ Marc Rivière, Global Advisor A&D chez PTC (photo). Un drone commercial, détourné pour un usage militaire, devient un enjeu de gestion d’interfaces, de contexte et de data embarquée. Le vrai défi, c’est l’intégration et l’adaptation en temps réel entre systèmes, où le moindre changement dans une brique a un impact sur l’ensemble».  

Des jumeaux pour un contexte digital multiéchelle

Chez PTC, on parle donc depuis longtemps de jumeau numérique. Celui-ci ne se limite pas à une réplique digitale d’un objet, mais il incarne bien une vision système élargie. Le jumeau numérique est devenu un contexte digital multiéchelle (produit, environnement, opérateur, territoire) articulé autour de la continuité numérique. «Un avion n’est plus une cellule avec des ailes, telle que l’on sait les construire depuis longtemps, affirme l’ancien directeur de programme de l’Armée de l’air. C’est l’avion, mais aussi des drones autour de lui, l’écosystème de combat, les satellites Starlink ou encore les communications Cloud sécurisées… C’est un nœud dans un système d’opérations qu’il est impossible de construire sans une chaîne digitale complète. Et ce n’est pas qu’un simple PDF qu’on va s’échanger!»

Twin+ jumeau numerique MBD Onshape PTC Aura AeroGrâce à ses solutions comme Windchill, Codebeamer ou ServiceMax AI, PTC accompagne donc cette logique de conception et d’exploitation étendue. L’objectif: passer d’une ingénierie séquentielle à une collaboration simultanée autour d’une source unique de vérité. D’ailleurs, l’éditeur annonçait au Bourget  l’intégration de fonctionnalités de conception basée sur le modèle (MBD) dans Onshape, sa plate-forme cloud-native de conception assistée par ordinateur (CAO) et de gestion des données produit (PDM) (photo). Une initiative est inédite menée en collaboration avec AURA AERO, puisqu’il s’agit de la première solution MBD à être pleinement intégrée à une plate-forme CAO et PDM Cloud native. Elle permet aux ingénieurs de créer une définition numérique complète d’un produit en intégrant directement dans le modèle 3D toutes les informations nécessaires à sa fabrication (PMI): cotes, tolérances, annotations, finitions de surface, spécifications sur les matériaux, etc.

Un démonstrateur autour d’un fabricant d’hélicoptèresTwin+ jumeau numérisuqe entretien le Bourget PTC Hill Helicopter HX50

Dans son chalet du Paris Air Show, PTC mettait en scène un démonstrateur autour de Hill Helicopters, un néofabricant d’hélicoptères personnels, qualifiés «d'Aston Martin du ciel». Ce cas d’usage illustre comment la conception générative, la simulation embarquée, et la traçabilité des exigences peuvent converger dès les premières étapes du cycle de vie. «Attention, nous précisait Marc Rivière: il s’agit d’un showcase technologique et un démonstrateur de l’art du possible. Certains cas sont réels, d’autres ont été scénarisés pour illustrer l’étendue fonctionnelle de nos outils...»

En toute logique, les outils de PTC accordent une large place à l’intelligence artificielle. Ici pas de marketing, l’IA s’ancre dans les processus métiers avec des cas d’usage ciblés: optimisation des exigences, automatisation de la conception, pilotage de la maintenance ou opérations de systèmes autonomes. «Notre IA n’est pas généraliste. Elle s’intègre là où elle apporte de la valeur : design, production, services. Ce sont des IA industrielles, au service du ROI opérationnel.» Une illustration complète était faite à travers le nouvel assistant ServiceMax AI qui aide à la planification dynamique des interventions de maintenance et à la disponibilité des actifs critiques (lire encadré ci-dessous).

Pourtant, tout n’est pas rose en aéronautique. Entre les obligations réglementaires (comme la norme AIS de l’EASA), la sensibilité des données de défense (à l’image du DoDI qui fixe aux États-Unis les exigences de modèles de données pour les programmes de Défense) et les enjeux géopolitiques du Cloud, la sécurité devient centrale. Sur ce sujet, PTC s’appuie sur un arsenal de certifications et s’adapte à la complexité des infrastructures Cloud hybrides ou souveraines. Mais Marc Rivière prévient: «Créer un Cloud souverain par pays est trop coûteux pour PTC, comme pour n’importe quel un fournisseur de logiciel. D’autant qu’il y a des Secure Cloud en France, en Allemagne ou encore en Angleterre. Il faut trouver un équilibre entre sécurité, accessibilité et viabilité économique.»

Enfin, la transformation numérique ne sera effective que si les talents suivent. Pour cela, l'éditeur développe des partenariats avec les universités, afin de former les ingénieurs de demain à ses outils, mais surtout à ses philosophies d’intégration système. En outre, la digitalisation peut devenir un levier d’attractivité. «Les jeunes veulent des interfaces aussi intuitives que leur iPad. Si un outil demande plus d’une semaine de formation, ils décrochent. C’est pourquoi nos solutions doivent être à la fois puissantes et accessibles.»

Et à la question sur le futur technologique, Marc Rivière de conclure notre échange avec une vision forte: «Le futur du jumeau numérique, ce n’est pas le métavers, c’est la capacité à contextualiser l’information utile, à la rendre digeste et fiable. On n’imagine pas un technicien de maintenance avec des Google Glass sur la tête toute la journée. De même, qu’un pilote de chasse submergé de données ne sera pas efficace. Le digital doit l’aider dans sa mission, pas l’encombrer.»

 Xavier Fodor


  ptc.com/fr/industries/aerospace-and-defense


ServiceMax AI : l’intelligence au service des services

Twin+ jumeau numerique Entretien le Bourget 2025 Lionel Boubli PTCMettre l’intelligence artificielle au cœur des opérations de maintenance et de service, c’est l’objectif de ServiceMax AI, une offre disponible depuis février 2025. « Un service réussi, c’est la bonne personne, avec la bonne pièce, au bon moment, qui fait la bonne action — et une seule fois. ServiceMax AI permet cela, en combinant historique de maintenance, gestion des pièces, recommandation automatisée et planification intelligente. », présente Lionel Boubli, Senior Director Global Customer Transformation chez PTC. Concrètement, l’outil agit comme un cockpit intelligent offrant diagnostic assisté, accès instantané aux dernières interventions, coordination automatisée des plannings ou encore communication entre experts. « Tout est pensé pour alléger la charge cognitive des opérateurs. L’IA fluidifie les tâches à faible valeur ajoutée et automatise les flux. Elle contextualise chaque action dans la chaîne numérique du produit — du design à la maintenance. Ce n’est pas de l’IA pour l’IA. C’est 17 ans d’expérience de services mis au service de cas d’usage réels », assure Lionel Boubli. La solution s’adresse en priorité aux industriels disposant d’une bonne maturité en gestion de données. PTC insiste enfin sur le fait que chaque instance est strictement contextualisée à l’entreprise cliente, garantissant sécurité, confidentialité et pertinence des recommandations.  X.F.

 ptc.com/fr/news/2025/ptc-launches-servicemax-ai



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