Au 3DEXPERIENCE Forum 2026, Cécile Béliot a dévoilé la stratégie numérique du groupe Bel: miser sur les jumeaux numériques, l’IA et la simulation pour transformer l’industrie agroalimentaire. Son objectif est de concevoir une alimentation plus durable.

Lors du 3DEXPERIENCE Forum 2026 organisé par Dassault Systèmes à Paris, les témoignages de grands industriels ont largement illustré la montée en puissance des jumeaux numériques dans l’industrie. Parmi eux, l’intervention de Cécile Béliot, CEO du groupe Bel (La Vache qui rit, Babybel, Kiri, Boursin…), a montré que cette révolution ne concerne plus seulement l’automobile, l’aéronautique ou l’énergie. L’industrie agroalimentaire entend elle aussi s’appuyer sur les données, l’intelligence artificielle et les jumeaux numériques pour répondre à l’un des plus grands défis du XXIe siècle: nourrir durablement une population mondiale qui atteindra 10 milliards d’habitants d’ici 2050. Dès le début de son intervention, la dirigeante a replacé la technologie dans une perspective sociétale. La chaine alimentaire est à bout de souffle. Elle représente à elle seule un tiers des émissions mondiales de carbone, mobilise 70% de l’eau utilisée sur Terre et contribue fortement à l’érosion de la biodiversité. Dans le même temps, un milliard de personnes souffrent encore de malnutrition tandis qu’un autre milliard est confronté à l’obésité et aux maladies associées. «Nous avons une conviction chez Bel: la puissance de la technologie, de la data, de l’IA doit être au service du bien commun, affirme Cécile Béliot. Notre mission, c’est d’offrir à tous une alimentation saine et durable». Face à ces enjeux, le groupe Bel a engagé avec Dassault Systèmes un partenariat stratégique reposant sur trois piliers complémentaires. Le premier consiste à connecter et digitaliser les usines du groupe. L’objectif est de passer d’une gestion a posteriori des incidents à un pilotage en temps réel des opérations industrielles. «Jusqu’à présent, on pilotait nos usines dans l’agroalimentaire a posteriori, explique la CEO. On s’apercevait des problèmes une journée après, cinq jours après et parfois plusieurs semaines après». Grâce aux systèmes MES déployés dans les sites de production, les opérateurs disposent désormais d’une vision instantanée de leur ligne de fabrication. «Ce qui est formidable, c’est que cela remet l’homme au cœur de tout ça. Celui qui reprend le contrôle sur sa ligne, c’est l’opérateur.» Cette transformation doit permettre d’améliorer simultanément la productivité tout en réduisant les consommations d’énergie, d’eau et les émissions de carbone. Le deuxième pilier repose sur la constitution d’un patrimoine numérique de données. Le groupe déploie pour cela un système de gestion du cycle de vie des produits afin de centraliser et structurer les informations issues de l’ensemble de ses activités. «Cela sert à constituer un patrimoine virtuel de nos données, explique Cécile Béliot. Dans un contexte où la donnée devient un actif stratégique, cette approche vise à permettre à tous les collaborateurs d’accéder à la même donnée, en temps réel, juste, pertinente. Et cela permet de prendre de bonnes décisions, d’accélérer et d’innover plus vite.»
Implanter les jumeaux numériques dans l’alimentaire

Mais c’est surtout le troisième pilier qui a surtout retenu l’attention du public du 3DEXPERIENCE Forum. Bel ambitionne en effet de devenir l’un des premiers groupes agroalimentaires à déployer un véritable jumeau numérique de produit alimentaire. «Notre rêve, c’est d’être les premiers à implanter un jumeau numérique sur des produits alimentaires», affirme la dirigeante. Pour ce projet, le groupe a choisi un produit emblématique: La Vache qui rit. Un choix loin d’être anodin. Présente dans de nombreux pays, souvent dans des régions où l’accès aux protéines demeure limité, cette marque concentre de multiples enjeux liés à la nutrition, à la durabilité et à l’accessibilité alimentaire. L’idée consiste à connecter plus d’un siècle de savoir-faire, de recettes, de données industrielles et de connaissances consommateurs afin de créer un environnement virtuel capable de simuler de nouvelles formulations alimentaires. «Tout ce que l’on testait avant en étant un ingénieur devant un Thermomix, cette fois-ci, c’est l’ordinateur, le jumeau numérique, qui va nous permettre de simuler toutes ces recettes», explique-t-elle. L’objectif est notamment d’identifier de nouvelles formulations intégrant davantage de protéines végétales afin de réduire l’empreinte carbone des produits tout en préservant leurs qualités nutritionnelles et gustatives.

Cette approche de simulation virtuelle est également appliquée aux emballages. Le groupe travaille ainsi sur l’un de ses produits les plus emblématiques: Babybel. «Ce qui rend iconique Babybel, c’est ce petit rond rouge, c’est cette cire, rappelle Cécile Béliot. Or cette cire est aujourd’hui fabriquée à partir de matières premières d’origine fossile et ne dispose d’aucune filière de recyclage». Depuis plus de dix ans, les équipes de recherche du groupe tentent de développer une alternative durable sans parvenir à trouver la solution idéale. Les outils de chimie virtuelle et les capacités de simulation offertes par Dassault Systèmes pourraient changer la donne. «Nous allons pouvoir tester virtuellement des tonnes de nouveaux ingrédients et les évaluer non plus physiquement mais virtuellement pour être capables de trouver la rupture technologique que nous cherchons depuis plus de dix ans».
En conclusion de son intervention, la dirigeante a projeté l’audience vers 2050 à travers l’image d’une petite fille dont la génération devra vivre avec les conséquences des décisions prises aujourd’hui. Elle a terminé son intervention par une citation du pape Léon XIV qui résume sa vision de la technologie: «L’ultime défi, c’est l’homme et cela restera toujours l’homme. Assurons-nous que tout ce que nous faisons et que toutes les technologies soient utilisées uniquement dans ce but.»
✍️ Xavier Fodor

