Un jumeau numérique "certifié" d'Auschwitz-Birkenau
Un jumeau numérique "certifié" d'Auschwitz-Birkenau
Avec le projet "Picture from Auschwitz", l'entrepreneuse Kristen Davis et son équipe ont créé le premier jumeau numérique certifié du tristement célèbre camp de concentration. Révélée en mai 2025 lors du Festival de Cannes, cette réplique d'une grande finesse a vocation à servir de lieu de tournage virtuel aux réalisateurs de films.
Différents rendus à partir du jumeau numérique Picture from Auschwitz. / Picture from Auschwitz, présentation Vivatech 2025.
«Avec ce projet, nous posons un nouveau standard à atteindre pour les lieux de tournage virtuels en 3D», affirme Kristen Davis, fondatrice de l'entreprise CinqC et directrice stratégique de Picture from Auschwitz, lors de l'événement Vivatech 2025. Ils ont cherché à produire un jumeau numérique en trois dimensions de l'ancien camp de concentration d'Auschwitz-Birkenau. Celui-ci est notamment destiné à être exploité par des réalisateurs de films pour servir de lieux de tournage virtuels. En effet, comme le souligne un article de la Maison de la culture juive, «les reconstitutions du camp au cinéma souffrent souvent d’approximations, ou d’erreurs». Et pour cause: le tournage sur site est désormais exclusivement réservé aux réalisateurs de films documentaires. «Même Steven Spielberg n'a pas obtenu les autorisations pour y tourner son célèbre film La liste de Schindler», rappelle Kristen Davis. Une mesure destinée à protéger le site, déjà très fréquenté, mais qui peut donner lieu à des interprétations fantaisistes lorsque le lieu est évoqué dans des fictions.
Kristen Davis et les membres de son équipe se sont donc associés au musée et mémorial d'Auschwitz-Birkenau et à la fondation Auschwitz-Birkenau. Objectif: fournir aux réalisateurs un lieu de tournage virtuel rigoureusement identique au lieu physique, et même à sa réalité historique. En effet, si le jumeau numérique d’Auschwitz est déjà terminé et prêt à l'emploi, celui de Birkenau, plus vaste, impliquera une reconstitution de certaines zones qui n'ont pas pu être préservées. «Leur modélisation reposera sur une reconstruction historique virtuelle à partir des archives: plans originaux, photographies aériennes de 1944, témoignages de survivants… Le modèle 3D final sera compatible avec les outils standards de l’industrie du cinéma, permettant d’intégrer les décors virtuels dans des scènes filmées, tout en gardant la cohérence historique du site réel», explicite la Maison de la culture juive.
Scan LiDAR et photogrammétrie
Pour réaliser ce jumeau numérique, l'équipe a fait appel à des techniques désormais bien éprouvées. Un scan LiDAR a d'abord été effectué, puis les données ont été compilées afin de générer un modèle numérique global représentant la géométrie des bâtiments. Un procédé de photogrammétrie a ensuite permis de reconstituer les textures afin d'obtenir un rendu réaliste. L'aboutissement est une modélisation 3D complète permettant d'obtenir un modèle exploitable dans un moteur graphique. «À ce jour, le projet a permis de recueillir 18 000 photographies de 60 mégapixels, 1 300 stations de balayage 3D lidar, 4,6 térabytes de données sources, 40 térabytes de données traitées et cinq heures de vidéo à 360 degrés», précise la Maison de la culture juive.
Pour Maciel Żemojcin, producteur créatif et expert en production virtuelle, ce n'est pourtant pas dans cet étalage de technique que réside le véritable intérêt du projet: «nous avons créé un pool de data à l'épreuve du futur, clame-t-il. Nous faisons en sorte que quelqu'un, que ce soit dans un an, cinq ans ou 80 ans, puisse utiliser ces données comme source authentique. Nous créons un point fixe dans le temps.» C'est cette notion de fixité par rapport au réel qui se raccroche vraiment pour lui à la notion de jumeau numérique: et cela passe par le lien à l'institution. Le choix a ainsi été fait de donner l'entière propriété de ce jumeau numérique, afin de garantir la plus grande authenticité possible «une chaîne de valeur d'authenticité, du physique au numérique», qui permette une certification. «Aujourd'hui nous sommes face à deux phénomènes conjoints : d'un côté la montée de l'IA et des médias de synthèse, et de l'autre l'érosion de l'histoire. Le site d'Auschwitz s'altère physiquement avec le temps, tandis que les images non fiables se multiplient. Il est donc d'autant plus important de protéger cette mémoire, pour authentifier des images du passé, mais aussi celles du futur», conclut Kristen Davis.

