Dassault Systèmes : IA, jumeaux numériques et gouvernance des données

Publié le 15 janvier 2026 par Xavier Fodor

À AdoptAI, Morgan Zimmerman, le CEO de Netvibes- Exalead, détaille comment Dassault Systèmes combine jumeaux virtuels, IA générative et compagnons virtuels pour révéler le savoir industriel et sécuriser la donnée

AdopiAI Morgan Zimmerman Dassault Systemes NetvibesLors de la conférence AdoptAI, Morgan Zimmerman, CEO de Netvibes-Exalead chez Dassault Systèmes, a livré une vision structurante de l’IA industrielle, indissociable du jumeau numérique et de la gouvernance de la propriété intellectuelle. Devant un public d’experts, il a rappelé d’emblée l’ampleur du périmètre concerné: «Chaque utilisateur de Dassault Systèmes a accès à nos technologies d’IA. Cela représente plus de 50 millions d’utilisateurs et 370.000 clients dans l’industrie, les infrastructures et les sciences de la vie.» 

Pour Morgan Zimmerman, l’IA ne peut être dissociée d’un changement de modèle économique qu’il nomme  économie générative». Celle-ci repose sur la convergence entre économie de l’expérience et impératif de durabilité. «Pour servir cette économie générative, nous avons besoin du virtuel et du réel. Le monde virtuel permet une expérimentation illimitée et un apprentissage à une échelle impossible dans le monde physique.» Le jumeau numérique devient ainsi le socle d’une nouvelle manière de concevoir, d’apprendre et de décider.

Générative expérience

Chez Dassault Systèmes, on ne parle pas d’IA mais de «générative expérience». Une notion qui associe étroitement sciences physiques et data science. «La science nous apporte des modèles de projection. Il n’y a pas de meilleur système pour comprendre un avion que son modèle virtuel, ni de meilleure représentation d’une centrale nucléaire que son jumeau numérique.» Cette approche permet non seulement d’interpréter les données du monde réel, mais aussi de produire des données synthétiques respectant les lois de la physique. «Nous pouvons apprendre sur des produits qui n’existent pas encore et générer des conditions d’usage impossibles à observer dans la réalité.»

Mais l’enjeu principal n’est pas l’algorithme. Il est dans la connaissance implicite des entreprises. «Le savoir différenciant d’un Airbus, d’un Toyota ou d’un Boeing est caché dans des documents, des processus, des arbres de configuration, et dans quarante ans d’histoire industrielle.» L’objectif est alors de révéler ce savoir, de le rendre explicite et actionnable. Pour cela, Dassault Systèmes s’appuie sur deux piliers: le jumeau virtuel et les «virtual companions», comme «EMMA» pour la santé ou le dernier venu «AURA». Morgan Zimmerman insiste sur cette métaphore: «Nous ne parlons pas d’agents, nous parlons de compagnons, parce qu’un compagnon est à la fois un expert, un artisan et un membre d’une communauté.»

AdopiAI Morgan Zimmerman Dassault Systemes Netvibes AURADes "compagnons" connectés aux jumeaux virtuels

Ces compagnons virtuels sont capables d’exploiter les bonnes pratiques sectorielles, mais aussi les pratiques spécifiques d’une entreprise. «Ils ne se contentent pas de révéler la connaissance, ils sont capables d’agir à la place de l’utilisateur.» Dans un cas présenté, le compagnon optimise automatiquement des points de soudure dans CATIA, à partir des règles internes de l’entreprise et de l’expérience accumulée.

La question de la propriété intellectuelle est alors centrale. «Si la donnée est une propriété intellectuelle, elle doit être protégée.» Morgan Zimmerman introduit la notion d’IP Lifecycle Management, qui vise à tracer l’origine des données, les droits associés et les usages qui en sont faits. «Si vous ne savez pas sur quelles données un modèle a été entraîné, vous ne pourrez jamais certifier un avion ou un médicament avec de l’IA.» Cette traçabilité est indispensable pour les industries réglementées et impose des environnements souverains et sécurisés.

Deux cas concrets illustrent cette approche. Le premier concerne la robustesse des chaînes d’approvisionnement dans l’automobile face aux droits de douane. «Nous sommes capables de calculer en une seconde un risque de 3,3 milliards de dollars et de le décliner du niveau budgétaire jusqu’à la vis et au composant.» Le système orchestre ensuite automatiquement les actions correctives auprès des acheteurs, des chefs de programme et des fournisseurs. «Aujourd’hui, beaucoup d’entreprises font cela avec des Excel et des PowerPoint. En réalité, elles n’ont souvent aucune vision claire de l’impact.»

Le second exemple démontré par Morgan Zimmerman porte sur les grands programmes d’infrastructures, comme une centrale nucléaire. «Nous projetons des milliards de données sur le jumeau numérique du produit, parce que le produit est la seule chose que tout le monde comprend.» Le compagnon virtuel détecte les signaux faibles, identifie des problèmes déjà rencontrés dans le passé et propose des workflows réglementaires pour les résoudre, jusqu’à passer commande automatiquement dans les systèmes de gestion.

La conclusion du CEO de Netvibes-Exalead est sans ambiguïté: «Ce n’est pas une question d’algorithme, c’est une question de données, de propriété intellectuelle et de capacité à rendre le savoir explicite et actionnable.» Pour Dassault Systèmes, le jumeau virtuel et les compagnons virtuels deviennent les instruments d’une IA industrielle maîtrisée, souveraine et différenciante, au service de la performance collective et de la confiance dans les processus critiques.

 Xavier Fodor


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