Avec Clemessy, les industriels de l’agroalimentaire découvrent le jumeau numérique
Avec Clemessy, les industriels de l’agroalimentaire découvrent le jumeau numérique
Lors du salon Global Industrie 2025, Raphaël Fernandes, responsable de l'activité automatisme et informatique industrielle chez Clemessy (Eiffage Énergies Services), a partagé avec Twin+ la stratégie de son équipe autour des jumeaux numériques. Une technologie qu’ils intègrent désormais de manière proactive dans leurs projets industriels, avec des bénéfices concrets en phase de mise en service et au-delà.
Chez Clemessy, l’intérêt pour les jumeaux numériques remonte à environ cinq ans. L’équipe de Montbrison (Loire) compte 15 informaticiens industriels automaticiens, dont un spécialiste dédié aux jumeaux numériques. Ce profil hybride développe une expertise précieuse, «un atout que l’on peut activer au moment opportun». Les mises en œuvre sont encore rares, car c’est surtout dans les projets complexes, impliquant de la logistique interne ou des mouvements de produits, que leur valeur s’est révélée. «Le jumeau numérique a un réel intérêt pour la partie test avant la mise en service, explique Raphaël Fernandes. Cela permet de qualifier nos process de développement, de simuler des cadences ou des pannes, et d’anticiper les comportements réels des équipements.»
Sur le salon, Clemessy présentait ainsi un projet réalisé pour un client du secteur agroalimentaire, combinant transitique et dosage. Bien que le client n’ait initialement pas envisagé l’usage d’un jumeau numérique, l’équipe de Clemessy a pris l’initiative de l’intégrer pour la phase de FAT (Factory Acceptance Test). «Le client a été impressionné, se souvient Raphaël Fernandes. Pour l’anecdote, il a même racheté le jumeau numérique pour former ses opérateurs, un nouvel embauché ou intérimaire, avant leur arrivée sur site et leur démarrage en production.» Impossible de citer ce client, car le concept est vite devenu stratégique dans son domaine d'activité, lui donnant une avance conséquente. «Sa crainte est que les concurrents fassent la même chose et s’en emparent aussi.»
Une approche pragmatique et ciblée
Pour autant, le jumeau numérique n’est pas une fin en soi chez Clemessy, mais un levier activé lorsque le projet s’y prête. «Certains veulent en mettre partout. De notre côté, nous pensons que cela doit venir du projet. Typiquement, il n’y a aucun intérêt par exemple sur une partie d’une chaîne où vous avez un mélange de produits dans une cuve», relativise notre interlocuteur. Pour autant, il confie l’intégrer systématiquement en interne dans leurs développements : «nous savons de manière certaine que cela nous fera gagner du temps lors de la mise en service.»
Pour la réalisation de jumeaux numériques, Clemessy s’appuie notamment sur le logiciel Emulate3D de Rockwell Automation. Ce choix permet de créer des modèles 3D animés des équipements industriels, facilitant la validation des concepts et des performances dès l’avant-projet. «Les développements sont hyper faciles et maîtrisés par nos équipes. Ils ne sont pas très compliqués à partir du moment où vous disposez d’une bonne maquette 3D, notamment de toute la partie mécanique.» Le jumeau numérique permet également de simuler l’animation en 3D des automates et de la supervision associée, offrant une représentation dynamique du système réel. À terme, il pourrait intégrer des données de maintenance ou de supervision, bien que cela ne soit pas encore envisagé dans le projet actuel. «Si une vanne est en défaut physiquement, on pourrait avoir l’image de son jumeau numérique avec la vanne qui passe en rouge ou s’anime», envisage Raphaël Fernandes.
Vers une généralisation raisonnée
Clemessy ne cherche pas à imposer le jumeau numérique, mais à en démontrer les bénéfices concrets. «Notre rôle consiste à alerter nos clients industriels sur l’existence et l’intérêt des nouvelles technologies accessibles à l’industrie 4.0», souligne l’expert. Dans le cas du client agroalimentaire, le jumeau numérique est utilisé pour la formation des nouveaux opérateurs, et sera mis à jour en parallèle des évolutions prévues sur l’installation.
Cette approche pragmatique et ciblée illustre la capacité de l’entité d’Eiffage Énergie Systèmes à accompagner ses clients dans la transformation numérique de leurs outils de production, en intégrant des solutions innovantes au service de la performance industrielle. Par exemple, en le couplant à des vidéos horodatées d’une caméra braquée sur la ligne de production, le jumeau numérique pourrait servir au contrôle qualité. Il serait possible de remonter au moment exact de la panne ou de l’erreur humaine en jouant à rebours un incident. La traçabilité serait renforcée, comme la qualité des prises de décisions: si vous connaissez l’heure exacte d’une défaillance, pourquoi ordonner un retrait de production sur toute une journée ou plus encore?

