La révolution des jumeaux numériques progresse tranquillement dans l'aérospatiale et la défense
La révolution des jumeaux numériques progresse tranquillement dans l'aérospatiale et la défense
Lors du Salon du Bourget 2025, Twin+ a rencontré Antoni Nicoli, Senior Director Aerospace & Defense chez Siemens Digital Industries Software. Avec lui, nous évoquons le rôle crucial des jumeaux numériques dans les développements du secteur aérospatial et de la défense.
D’abord Antoni Nicoli avertit avec cette bonne nouvelle : les jumeaux numériques sont désormais au cœur des exigences américaines pour les environnements numériques intégrés, notamment portées par le Département de la Défense américain (USDOD). « Ces cinq dernières années, les agences de financement américaines ont vraiment poussé pour ce qu'elles appellent les environnements numériques intégrés, devenus obligatoires pour les principaux programmes militaires », précise Antoni Nicoli. Ce mouvement vers des jumeaux numériques complets, couvrant tout le cycle de vie des systèmes, du design à la production en passant par la maintenance (ce dernier volet représentant -on l’ignore souvent- près de 70% du coût d’un programme en aérospatiale), représente maintenant un standard pour les grands programmes militaires tels que les nouveaux chasseurs ou bombardiers stratégiques (lire cet autre entretien avec Todd Tuthill). Leur adoption ailleurs dans le monde, et notamment en Europe, est ainsi une suite logique.
Pour répondre à ces exigences, Siemens adopte une approche intégrée à travers sa plate-forme Xcelerator, reliant les différentes phases de définition, conception, production et exploitation. «Un jumeau numérique n’est complet que lorsque l’on peut simuler totalement l'objet avant même sa construction réelle. C’est l’idée de l’essayer avant de voler, try it before you fly it, assure Antoni Nicoli. Ce concept permet d’importantes économies de temps et de coûts, tout en assurant une meilleure conformité aux exigences de sécurité et de performances».
Tirer bénéfice des échecs
À cela, il faut ajouter l'importance d'une approche multidisciplinaire. Le directeur de Siemens cite ainsi en exemple le cas de Firefly Aerospace, une jeune entreprise américaine fondée en 2014, concurrente à SpaceX, qui développe un lanceur léger et un atterrisseur lunaire pour la NASA. D’ailleurs, la compagnie a livré de premiers équipements sur la lune le 2 mars 2025 (en photo, simulation de la mission 3 en 2028). « Leur premier vol d'essai a dû être annulé à cause d'une défaillance électrique non détectée, confie Antoni Nicoli. Nous les avons aidés à créer une continuité numérique intégrée qui traverse plusieurs disciplines. Et grâce à l’intégration des outils Capital pour le développement de systèmes électriques et électroniques E/E, la solution de conception et de fabrication unifiée NX et TeamCenter, Firefly a réussi son deuxième lancement à peine deux semaines après le premier échec. Puis, il a enchainé sur Blue Ghost, une mission lunaire réussie à un coût 500 fois inférieur à celui du programme Apollo » ! Le pouvoir du numérique, en plus d’un clin d’œil aux missions de la NASA qui ont permis la création des premiers jumeaux numériques…
La récente acquisition d’Altair par Siemens amplifie encore ces capacités, notamment en simulation électromagnétique. « Nous allons pouvoir fournir le jumeau numérique électrique à l’outil FICO d'Altair pour effectuer des analyses d’interférence et de compatibilité électromagnétiques, affirme Antoni Nicoli. Cette nouvelle synergie permettra à Siemens de mieux gérer les analyses critiques, essentielles pour les nouvelles générations d’appareils plus autonomes, durables et modulaires ».
Il reste cependant encore des freins à une adoption plus large des jumeaux numériques : « Le premier obstacle est le changement de mentalité. Les gens résistent souvent à l'adoption de nouvelles technologies. Le second obstacle majeur concerne les données historiques : beaucoup sont encore sur papier, et les numériser est coûteux et complexe. » À terme, l’essor de l'intelligence artificielle pourrait néanmoins accélérer cette transition, en facilitant la gestion et l'exploitation des vastes bases de données existantes et en automatisant de nombreux processus aujourd'hui manuels. Antoni Nicoli en est convaincu : « L'IA aidera certainement à franchir ces barrières, en particulier pour la gestion des données historiques, mais les changements de mentalités nécessiteront naturellement plus de temps. »
Xavier Fodor
sw.siemens.com/fr-FR/aerospace-defense-manufacturing-solutions-smb/

