3DEXPERIENCE World: Dassault Systèmes affiche une IA plus pragmatique et recentrée sur l’humain
À Houston, Dassault Systèmes a dévoilé une vision plus pragmatique de l’IA et des jumeaux numériques lors de la plénière de 3DEXPERIENCE World. Bien que mettant en avant trois compagnons virtuels «révolutionnaires», l’éditeur limite les effets d’annonce au profit de solutions concrètes, avec une volonté affirmée de bien replacer l’ingénieur et le savoir-faire humain au cœur de l’innovation.
C’est LE rendez-vous pour la communauté des utilisateurs de Dassault Systèmes. Pour la seconde fois, Houston accueille la 3DEXPERIENCE World. Si l’événement confirme la poursuite d’une forte dynamique d’innovation chez Dassault Systèmes, autour de l’intelligence artificielle et des jumeaux numériques, il marque aussi une évolution sensible du discours. Il serait malvenu de parler de désescalade, car Dassault Systèmes a toujours su éviter les effets d’annonce pour promouvoir davantage des solutions opérationnelles. Cependant, à plusieurs reprises durant la plénière, il était souligné tel un mantra que l’IA est pensée comme un outil au service de l’ingénieur, et non comme un substitut à l’humain. Plusieurs dirigeants du groupe se sont succédés sur scène pour porter cette vision. Manish Kumar, Pascal Daloz, Gian Paolo Dassi et Morgan Zimmerman ont tour à tour insisté sur ce même message: certes l’IA progresse rapidement, mais elle ne remplace ni le jugement humain ni les lois de la physique. Elle vient renforcer l’ingénierie, pas s’y substituer.
Une IA qui augmente l’ingénieur sans le remplacer
Dès l’ouverture, le CEO de Solidworks, Manish Kumar a ainsi tenu à rassurer une communauté d’ingénieurs parfois inquiète face à l’accélération des annonces autour de l’IA. «L’IA n’est qu’un moteur. Vous êtes le conducteur», a-t-il lancé à l’audience. Pour lui, le monde industriel ne peut pas être réduit à des modèles abstraits. «Le monde réel n’est pas fait de textes et d’images. Il est fait de physique, de matériaux, d’énergie et de contraintes. Dans le monde numérique, beaucoup de choses semblent fonctionner. Mais dans le monde physique, elles doivent réellement marcher.»
Le dirigeant de SolidWorks a insisté sur le fait que l’IA ne diminue pas la responsabilité de l’ingénieur, bien au contraire. «L’IA ne supprime pas la responsabilité humaine. Elle l’augmente. Elle permet d’explorer davantage de variantes de conception, d’accéder plus vite aux connaissances et de se concentrer sur ce qui compte vraiment: les décisions.» Dans cette perspective, l’ingénieur reste le garant de la cohérence scientifique et technique des produits conçus dans le monde virtuel.
Cette approche a été prolongée par Pascal Daloz, CEO de Dassault Systèmes, qui a inscrit l’IA et les jumeaux numériques dans une vision industrielle plus large. «Nous entrons dans ce que nous appelons l’économie générative: un monde où le virtuel génère le physique et où la propriété intellectuelle devient la véritable monnaie», a-t-il expliqué. Mais là encore, le discours s’est voulu mesuré et structurant. «Nos compagnons virtuels ne sont pas des boîtes noires et ne sont pas des pilotes automatiques. Ce sont des compagnons qui raisonnent avec vous, qui vous challengent et qui vous rendent parfois responsables de vos choix.» Pour le CEO de Dassault Systèmes, l’IA industrielle doit être fondée sur la science et sur des données fiables. «Nous construisons une IA digne de confiance, basée sur la science et ancrée dans la connaissance industrielle réelle.» Et de conclure sur une formule qui résume l’état d’esprit de cette édition: «L’innovation n’est pas un compromis entre tradition et technologie. Elle consiste à les relier.»
De l’économie générative à la 7e génération: la confirmation de 3D UNIV+RSES
Cette vision s’est concrétisée en affirmant le positionnement de 3D UNIV+RSES en tant que 7e génération de modèles de Dassault Systèmes . Après le PLM (4e génération), puis les virtual twins (5e) et les virtual twins of humans (6e), cette nouvelle génération introduite comme « Elevated Human Know-how » entend combiner modélisation, simulation, science des données et intelligence artificielle au cœur même des processus d’ingénierie.
«Ce n’est pas de l’IA ajoutée au-dessus de l’ingénierie. C’est de l’IA au cœur même du moteur de l’ingénierie», a souligné Pascal Daloz. L’objectif affiché est de créer un environnement numérique capable de représenter non seulement les objets, mais aussi les comportements, les règles scientifiques et le savoir-faire humain qui président à leur conception.
Un trio de compagnons virtuels pour incarner l’IA industrielle
Pour nous faire mentir, cette plénière d’ouverture a tout de même été accompagnée d’une grande annonce avec de nombreuses démos à l’appui. Elle concernait l’apparition d’un trio de compagnons virtuels. Si AURA (pour Assisting You to Realize your Ambition) avait déjà été dévoilée, elle est désormais rejointe par LEO, en référence à Leonardo da Vinci, et MARIE en hommage à Marie Curie. Chacun possède une identité et un rôle propres. LEO est orienté vers la conception mécanique et le raisonnement d’ingénierie, MARIE vers les sciences des matériaux, la chimie et la réglementation, tandis qu’AURA orchestre le contexte global du projet.
«Ce ne sont pas des chatbots, a insisté Pascal Daloz. Ce sont des décennies d’expertise de Dassault Systèmes combinées à votre propre savoir». Une démonstration en direct et sans filet est venue illustrer cette approche. À ses côtés, Manish Kumar a montré comment LEO pouvait générer automatiquement un modèle 3D paramétrique à partir d’un simple plan PDF, puis lancer une simulation physique. «Ce n’est pas de la magie, expliquait le patron de Dassault Systèmes. Le système a appris à partir de tous les modèles conçus auparavant. C’est un modèle entièrement paramétrique et physiquement cohérent». Là encore, le rappel était fait que ces compagnons restent des outils d’assistance à la décision et non des concepteurs autonomes. Ils seront disponibles dans les prochains mois, selon des modalités d'utilisation, notamment financières, qui restent encore à définir. (Lire notre article complet)
Des technologies déployables facilement
La session s’est conclue par un échange plus pédagogique entre Morgan Zimmerman, CEO de Netvibes chez Dassault Systèmes et Manish Kumar, destiné à montrer comment cette vision pouvait être mise en œuvre concrètement chez les utilisateurs. Morgan Zimmerman a résumé la philosophie de la plate-forme 3DEXPERIENCE en expliquant qu’elle permet de «virtualiser les connaissances et le savoir-faire afin que les concepteurs puissent créer de nouveaux objets à partir de l’expérience collective».
À travers l’exemple volontairement simple de la fabrication d’un bureau maison par Manish Kumar (une histoire totalement vraie), il a montré comment la capitalisation des données, des processus et des retours d’expérience pouvait nourrir les compagnons virtuels et guider les ingénieurs dans leurs choix. «Si nous parvenons à élever des décennies de connaissances et de savoir-faire, nous pouvons assister les concepteurs dans chacune de leurs actions grâce aux compagnons virtuels», a expliqué Morgan Zimmerman, tout en insistant sur la protection des données et de la propriété intellectuelle. «Seule votre entreprise peut utiliser cette expertise. Personne d’autre n’a accès à votre propriété intellectuelle.»
Au final, cette plénière a donné l’image d’un Dassault Systèmes toujours très ambitieux sur le plan technologique, mais mesuré dans sa communication. L’IA y apparaît moins comme une promesse spectaculaire que comme un outil progressivement rendu opérationnel, intégré aux usages et pensé pour accompagner les ingénieurs plutôt que les remplacer. Ce pragmatisme assumé traduit une volonté claire de rester au plus près des utilisateurs, dont certains peuvent être assurément déstabilisés par la rapidité des évolutions actuelles et des annonces faites de manière trop frénétique. À Houston, le message est clair et sans problème: l’innovation continue, mais elle se veut désormais crédible, concrète et profondément humaine.
Molteni : “virtualiser l’héritage” pour accélérer l’innovation sans perdre l’ADN
Durant, cette session, un témoignage d’un client est venu ancrer cette vision dans une réalité industrielle concrète. Gian Paolo Dassi, SVP de Dassault Systèmes, a invité sur scène Andrea Roero, Chief Information and Innovation Officer du groupe italien Molteni, spécialiste du mobilier haut de gamme. Celui-ci a expliqué comment son entreprise cherche à «virtualiser son héritage», c’est-à-dire à capter des décennies de savoir-faire artisanal pour les intégrer dans une plate-forme numérique commune. «Nous avons besoin d’une plate-forme numérique, alimentée par l’IA, capable de capturer l’expertise et de la traduire en une gamme de produits modulaires, exécutée avec précision par des systèmes de production hautement automatisés», a expliqué Andrea Roero. Pour Molteni, l’enjeu est de préserver l’ADN de la marque tout en augmentant la vitesse d’innovation. «L’innovation n’est pas une remise en cause de l’artisanat. Elle consiste à le faire évoluer sans perdre sa rigueur ni son intégrité architecturale.» Le jumeau numérique devient ainsi un outil de transmission du savoir autant qu’un levier industriel, capable de soutenir la durabilité, l’économie circulaire et le passeport numérique des produits.
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